Tidiani Moussa Naïbi: «nous prions pour tous les Centrafricains sans distinction»

Publié le 10 juillet 2014 , 4:08
Mis à jour le: 10 juillet 2014 4:08

«Nous plaidons pour une paix durable et définitive en RCA et prions pour tous les Centrafricains sans exception», a ajouter l’Imam de la Mosquée centrale de Bangui, dans une interview à Anadolu*

 

Les Imams de Centrafrique ont institué, selon lui, deux jours par semaine de lecture du Coran, notamment le jeudi et le dimanche durant ce mois de Ramadan pour implorer l’aide de Dieu, pour prier pour tous les Centrafricains sans distinction, afin de retrouver le chemin de la cohésion nationale. Il pense, de ce fait, que «la crise centrafricaine n’est pas religieuse, quitte aux politiques de se réconcilier entre eux et de laisser la population centrafricaine dans sa quiétude». Tout autant qu’il minimise les contraintes liées à l’approvisionnement de la communauté musulmane de Km 5 et exhorte les musulmans à tenir ferme dans la foi.
Après une semaine de Ramadan, avez-vous l’impression que les conditions sécuritaires sont propices pour le mois saint au KM5?
Je voudrais tout d’abord dire que parmi les gens qui sont bloqués ici au KM5, il n’y a pas que les musulmans, il y a aussi des chrétiens qui sont bloqués avec nous. Il y a également des gens, chrétiens et musulmans qui demandent de revenir au KM5 après avoir choisi d’aller dans des camps de déplacés. Les musulmans du KM5 sont pour la paix rien que la paix.

Ces derniers temps, de nombreuses initiatives de dialogues sont prises par les uns et les autres. Quelle lecture en faites-vous?
Il y a des personnes qui s’activent dans de multiples tentatives de dialogue entre les musulmans et les chrétiens. Je le disais dans l’une de mes interventions au temps du régime de Bozizé (président centrafricain déchu, ndlr), sur les ondes de la radio « Voix de la paix » qu’il faut éviter à tout prix les conflits dans notre pays. Le Coran nous demande de refuser le langage de la haine et de tout faire pour concilier les gens qui veulent s’entredéchirer. Cette crise n’est pas dans notre intérêt. Les hommes politiques ont provoqué cette situation et malheureusement, ce sont des innocents qui en paient le prix aujourd’hui. Je voudrais dire par là que c’est à ces hommes politiques de se réconcilier et de laisser les paisibles populations dans la quiétude et dans la paix. Il faudrait également que les autorités actuelles du pays, puissent identifier tous les auteurs de cette situation, les traquer s’ils se cachent et les mettre à la disposition de la justice. Ce n’est qu’ainsi que la réconciliation sincère que tout le monde souhaite pourra se faire.

Pendant le mois sacré, nous ne raisonnons pas en termes de conditions de vie, mais plutôt en termes de foi
Tidiani Moussa Naïbi, Imam de la mosquée centrale de Bangui

 

Dans cette situation d’enclavement, comment la communauté musulmane de KM 5 parvient-elle à s’approvisionner en cette période de Ramadan?
Pendant ce mois sacré, Dieu veille toujours sur nous et pourvoit à nos besoins. Le Ramadan est une obligation divine et lorsque nous observons cette période, nous ne raisonnons pas en termes de conditions de vie, mais plutôt en termes de foi. Notre croyance nous guide et nous donne la force de surmonter toute difficulté.

Qu’en est-il des conditions de prière dès lors que la plupart des mosquées ont été détruites?
Vous avez raison de dire que beaucoup de mosquées ont été détruites. Nous ne voulons pas faire le bilan des dégâts qui ont eu lieu en ce qui concerne les lieux de culte tout simplement parce que le fait de dire tel nombre de mosquées a été détruit ou tel nombre d’églises a été détruit, incite l’opinion populaire à la révolte, ce qui alimente les violences. Toutefois, une mosquée, c’est d’abord l’ensemble des personnes qui se sont rassemblées pour prier Dieu, et non la maison. Donc, si nous sommes regroupés ici, rien ne nous empêche de prier. Les constructions qu’ils ont ruinées sont des maisons de Dieu et c’est à Dieu qu’ils rendront compte.

Avez-vous un message particulier?
Tous les Centrafricains doivent beaucoup prier pour ce pays. De notre côté, nous avons institué deux journées par semaine de lecture du Coran, notamment le jeudi et le dimanche. Pendant ces séances, nous prions pour tous les Centrafricains sans distinction. Je tiens également à préciser que la paix et la réconciliation que les musulmans demandent ne sont pas celles du mois de Ramadan, les musulmans veulent une paix durable et définitive pour tous les Centrafricains.

Journal de Bangui