RCA : scandale de corruption et tripatouillage des notes à l’Université de Bangui.

Publié le 10 avril 2020 , 3:23
Mis à jour le: 10 avril 2020 3:23
Faculté de droit et des sciences juridiques de l'Université de Bangui. Photo CNC / Mickael Kossi.
Faculté de droit et des sciences juridiques de l’Université de Bangui. Photo CNC / Mickael Kossi.

 

Bangui ( République centrafricaine ) – Classée parmi les pays les plus dangereux et corrompus au monde, la République centrafricaine dispose à ce jour une seule Université publique, celle créée en 1969 par l’ex-Empereur Jean-Bedel Bokassa. Autrefois considérée comme un joyau national, l’Université de Bangui est devenue depuis quelques années un nid de corruption, pour ne pas dire un endroit où l’argent fait la loi. Le cas flagrant est celui de la Faculté des sciences juridiques et politiques, où un rapport interne avait démontré comment les enseignants orchestrent des tripatouillages des notes des étudiants. Et ce n’est pas tout.

 

En République centrafricaine, l’enseignement supérieur souffre du climat général de la corruption alors que celle-ci n’a jamais fait l’objet d’un projet de  loi au parlement.

D’après les témoignages de certains étudiants interrogés par CNC, les enseignants du supérieurs, que ça soit à l’Université de Bangui que dans des établissements d’enseignements supérieurs privés, empochent régulièrement, et illégalement de petites sommes d’argent en échange de l’octroi de notes plus élevées aux examens.

Mais En 2019, sur l’initiative de Professeur Kongatoua, Doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques , une équipe de contrôle a été mise en place pour faire la lumière sur  le tripatouillage des note des Étudiants par certains enseignants en tant que responsable de saisie. D’après ce rapport parvenu au ministère de l’enseignement supérieur via le rectorat de l’Université de Bangui, le vice-Doyen de la faculté  des sciences juridiques et politiques, Monsieur Florent Ouandji, qui est à la tête de ces responsables de saisie des notes des Étudiants, a été démasqué par l’équipe de contrôle mise en place par le doyen Kongatoua.

Mais ce rapport, loin de rappeler à l’ordre tout le monde, faisait au contraire l’objet de diverses interprétations politique de la part du pouvoir de Bangui.

Pendant ce temps, à la faculté  des sciences juridiques et politiques, il ne passe jamais un jour que les étudiants se plaignent du comportement de certains enseignants, soit pour un cas d’abus sexuel, soit pour la corruption.

Notre bureau d’enquête, saisi du dossier, s’est rendu discrètement dans cette faculté de l’Université de Bangui, mais son constat est difficile à supporter que prévu.

Plusieurs cas de harcèlement sexuel et de corruption nous ont été signalés par les étudiants, mais également par certains fonctionnaires de l’Université qui déplorent le manque de réaction des autorités du pays, particulièrement celle du chef de l’État Faustin Archange TOUADERA, enseignant dans cette Université durant des décennies.

Pour de nombreuses victimes interrogées par CNC, déposer plainte à la justice revient tout simplement  à hypothéquer son avenir académique, car « dans notre pays, le plus fort, ou encore le riche a toujours raison. La justice n’est pas faite pour les faibles, encore moins pour nous les pauvres », déplorent-elles.

En République centrafricaine, selon Marcel Kassokolo, le constat est clair, « les étudiantes ne signalent pas les agressions sexuelles par peur de représailles, pour ne pas dire les insultes, les humiliations ou encore des menaces ».

D’autre part, certains étudiants, interrogés,  ont indiqué que c’est grâce à cette petite corruption des enseignants, ou encore des faveurs sexuelles sollicitées par ces derniers à leurs Étudiantes contre de meilleures notes dans les différentes facultés que bon nombre des Étudiants et Étudiantes arrivent à avancer dans leurs études. Dans le cas contraire, plus de 90% des Étudiants risquent d’abandonner après six mois d’études universitaires à Bangui.

Du côté des autorités, aucune mesure drastique n’a été prise pour endiguer ce phénomène qui est devenu malheureusement une règle administrative dans ce pays d’Afrique centrale.

 

Gisèle MOLOMA

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