RCA : le Président de la République Faustin Archange Touadera suspend les opérations militaires contre les groupes armés rebelles

Publié le 15 octobre 2021 , 7:32
Mis à jour le: 15 octobre 2021 7:32

 

Bangui, République centrafricaine, samedi, 16 octobre 2021, 02:15:25 ( Corbeaunews-Centrafrique ). Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux, le chef de l’État centrafricain Faustin Archange Touadera  déclare un cessez-le-feu  à partir du vendredi 15 octobre 2021. D’après lui, la paix n’a pas de prix, et il n’y a de paix véritable que celle issue d’un dialogue franc entre les filles et fils d’un pays déchiré par des crises interminables comme le nôtre. « Il faut donner une chance à la paix, quelles que soient les atrocités et les injustices subies, les souffrances et les meurtrissures endurées ».

Voici l’intégralité de son discours :

 

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Unité-Dignité-Travail

MESSAGE A LA NATION

DE SON EXCELLENCE LE PR. FAUSTIN ARCHANGE TOUADERA, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,

CHEF DE L’ETAT

 

A L’OCCASION DE LA DECLARATION DE CESSEZ-LE-FEU SUR LE TERRITOIRE NATIONAL

BANGUI, 15 OCTOBRE 2021

– Centrafricaines ;

– Centrafricains ;

– Mes Chers Compatriotes ;

Depuis ma prise de fonction, le 30 mars 2016, dans le cadre de mon premier mandat, tout mon effort tend, comme vous le savez, à débarrasser notre pays des démons de la haine, de la division, de la destruction, de la violence aveugle.

Ensemble, nous avons travaillé à bâtir patiemment la paix et la sécurité pour tous, la réconciliation nationale, le vivre ensemble et jeté les bases d’un relèvement économique de notre pays.

Nous nous sommes efforcés de toujours employer le dialogue pour rechercher la paix et asseoir une nouvelle République, un Etat de droit.

Nos efforts, soutenus par la communauté internationale, commençaient à porter des fruits.

Malheureusement, notre pays a été replongé dans une crise sécuritaire, en décembre 2020, alors que nous n’avons pas encore fini de faire le deuil de nombreuses victimes civiles et militaires du conflit armé, déclenché en 2012 et de leur rendre justice.

En effet, rentré clandestinement au pays après plusieurs années

d’exil en Ouganda, l’ancien Président François BOZIZE a minutieusement conçu et mis en œuvre un plan machiavélique de déstabilisation des institutions de la République, issues des élections démocratiques et transparentes de 2015-2016.

Le 15 décembre 2020, il a créé une rébellion dénommée « Coalition des Patriotes pour le Changement » (CPC), par la signature de la déclaration dite de KAMBA KOTA, alors que le peuple se préparait à aller aux élections présidentielle et législatives du 27 décembre 2020.

Cette rébellion, composée à la fois de certains groupes armés signataires de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation, du 6 février 2019 et de quelques éléments des forces de défense et de sécurité dévoyés, a entrepris la conquête de nombreuses villes de province avant de lancer une attaque simultanée et coordonnée sur la ville de Bangui, le 13 janvier 2021.

Cette guerre devenue protéiforme dont la finalité était d’interrompre le processus électoral, le reversement des institutions légitimes et l’instauration d’une transition politique à des fins égoïstes, a semé la désolation dans nos foyers, provoqué une crise humanitaire dans un contexte de la pandémie de COVID-19 à très fort impact économique et social.

Mes Chers Compatriotes ;

L’un de mes devoirs, dans le cadre de notre Constitution, est d’assurer la sécurité du peuple contre toute forme d’agression.

Ainsi, devant la gravité des crimes commis par la CPC sur les populations civiles innocentes et les humanitaires, et vu que les règles d’engagement de la MINUSCA ne lui permettraient pas de contrer les assauts meurtriers de la rébellion, j’ai fait usage du droit que me confère la Constitution, en recourant aux accords de coopération militaire et de défense en vigueur pour rétablir la légitimité constitutionnelle, assurer la sécurité de la population et protéger l’intégrité du territoire national.

Les Forces Armées Centrafricaines, appuyées par les forces alliées russes et rwandaises, ont pu repousser les assauts de la CPC et reconquérir une bonne partie du territoire national.

Convaincu que seul le dialogue pourrait apporter une paix durable et une solution pérenne à la crise interminable qui mine notre pays, j’avais annoncé, à l’occasion de la célébration du deuxième anniversaire de l’APPR, le 6 février 2021, un dialogue républicain avec l’opposition démocratique et toutes les forces vives de la Nation afin de créer un climat apaisé et un environnement national propice à la construction de notre pays.

Il résulte des conclusions des consultations nationales organisées à cet effet la nécessité d’organiser un Dialogue Républicain, sur le territoire national.

Le Comité d’organisation, installé le 1er septembre 2021, travaille avec abnégation pour nous proposer la date de la tenue du Dialogue Républicain.

Mes Chers Compatriotes ;

J’ai le devoir de vous informer que, soucieux de contribuer à l’évolution positive de la situation politique et sécuritaire en dans notre pays, les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), ont initié une feuille de route conjointe pour la paix en République Centrafricaine, qui a été adoptée lors du mini-sommet du 16 septembre 2021, à Luanda, en Angola.

Cette feuille de route a prévu des engagements tant pour la CPC que pour le Gouvernement.

Conformément à cette Feuille de route conjointe, les principaux leaders de la CPC, à l’exception de Nourredine Adam et Ali DARASSA, respectivement leaders du FPRC et de l’UPC, ont signé l’engagement de cesser toute action armée sur le territoire national, de rejeter tout complot et toute entreprise visant à déstabiliser les institutions de la République et de cantonner leurs combattants pour le DDRR.

Les consultations sont poursuivies par les experts de la CIRGL et nous espérons que ces deux leaders dont les groupes armés sont à l’origine des pires atrocités subies par nos populations, s’engageront bientôt à renoncer à la violence et à revenir dans l’APPR qui reste le socle d’une paix durable en République Centrafricaine.

Au nombre des engagements du Gouvernement, figure la déclaration d’un cessez-le-feu, comme facteur indispensable à la réussite de l’ensemble du processus et à la création d’un climat propice à la paix et à la réconciliation nationale.

Mes Chers Compatriotes ;

La paix n’a pas de prix, et il n’y a de paix véritable que celle issue d’un dialogue franc entre les filles et fils d’un pays déchiré par des crises interminables comme le nôtre.

Il faut donner une chance à la paix, quelles que soient les atrocités et les injustices subies, les souffrances et les meurtrissures endurées.

Pour donner une chance à la paix, j’ai toujours prêté une oreille plus accueillante à la promesse faite par les leaders des groupes armés de cesser toute action armée sur le territoire national, de rejeter tout complot et toute entreprise visant à déstabiliser les institutions de la République et de cantonner leurs combattants pour le DDRR.

C’est en effet pour donner une chance à la paix que je viens vous annoncer ce soir la fin des opérations militaires et de toute action armée sur l’ensemble du territoire national, à compter de ce jour, 15 octobre 2021, à minuit.

Bien sûr, ce n’est pas une décision facile à prendre. Mais mon devoir de Père de la Nation, ne voulant qu’aucun fils du pays ne périsse par l’épée des ennemis de la paix, est d’aller chercher la paix, où qu’elle se trouve, même au bout de la terre.

Nous avons donc deux outils de paix : l’APPR pour les groupes armés et le Dialogue républicain pour les forces vives de la Nation.

Le cessez-le-feu unilatéral immédiat est la démonstration, si besoin en était encore, de ma ferme volonté de privilégier la voie du dialogue et non celle des armes, dans le règlement de la crise qui secoue notre pays.

Ce cessez-le-feu unilatéral immédiat a aussi des raisons humanitaires. Il permettra, j’en suis persuadé, à nos concitoyens des zones occupées par la CPC et les autres groupes armés, d’accéder à l’aide humanitaire, aux services sociaux de base, de circuler et de vaquer librement à leurs occupations quotidiennes.

Ce cessez-le-feu vise également à protéger la population contre les violences aveugles, faciliter le dialogue républicain en cours d’organisation et la mise en œuvre de la feuille de route conjointe de Luanda.

Je tiens à préciser que le cessez-le-feu immédiat ne fait pas obstacle à l’exercice par nos forces de sécurité intérieure de leurs missions régaliennes, notamment le maintien de l’ordre public et la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire.

Aussi, le cessez-le-feu ne fait pas obstacle à l’exercice de la légitime défense par les Forces de défense et de sécurité, chargées de protéger l’intégrité du territoire national et les institutions de la République contre toute forme de menaces.

Le cessez-le-feu ne fait pas obstacle non plus à l’exercice, par la MINUSCA, de son mandat.

Enfin, le cessez-le-feu ne fait pas obstacle à l’administration de la justice.

J’appelle les leaders de la CPC et les représentants désignés et le Gouvernement à prendre toutes les dispositions nécessaires pour le cantonnement, dans des meilleurs délais, des ex-combattants de la CPC.

J’invite naturellement les leaders de la CPC à respecter enfin leur parole donnée et de donner la chance à la paix, à la sécurité et au vivre ensemble, gage d’un développement socio-économique de notre pays.

Pour donner une chance à la paix, j’ai également mis en place un Comité d’organisation du Dialogue républicain qui travaille d’arrache-pied pour la tenue dudit dialogue.

La crise, vous le savez, n’est pas seulement sécuritaire ; elle est aussi politique ; elle est souvent alimentée par des messages de haine, des manipulations, des désinformations, voire par l’absence de confiance et d’amour réciproques entre les acteurs politiques du pays.

J’ai la conviction que le Dialogue républicain, organisé dans le cadre de la Constitution et des lois de la République, aboutira enfin à l’identification des principaux maux qui gangrènent notre pays et à la décrispation totale de la situation politique sécuritaire du pays.

Enfin, il n’est pas tard de faire la paix, et le fondement d’une paix solide et permanente est la justice ; la justice pour ceux qui continuent de vivre la tragédie provoquée par la perte des êtres chers.

J’exhorte la communauté internationale dont le soutien ne nous a jamais fait défaut, à accompagner le Gouvernement dans la mise en œuvre de la feuille de route conjointe de Luanda.

En terminant mon message, je remercie tous les Etats membres de la CIRGL et de la CEEAC pour leur soutien sans cesse renouvelé, au processus de paix en République Centrafricaine.

Je ne doute pas qu’ils continueront à nous accompagner dans la mise en œuvre de la feuille de route conjointe.

J’en appelle, mes Chers Compatriotes, à votre vigilance et surtout à votre patriotisme pour surmonter les douleurs, les déchirements et aller au dialogue républicain pour sortir notre pays de la situation dans laquelle nous l’avons collectivement plongé.

Que Dieu bénisse la République Centrafricaine et son peuple !

Je vous remercie.

 

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