La RCA a besoin de faire ses Etats-généraux

26 – 10 – 2014: Corbeau news Centrafrique.

Hémicycle de l'Assemblée nationale centrafricaine
Hémicycle de l’Assemblée nationale centrafricaine

La RCA a besoin de faire ses Etats-généraux

Tombée dans un chaos d’enfer qui sera ineffaçable dans la mémoire de toutes les centrafricaines et de tous les centrafricains sans distinction d’âge de notre époque puisque les moins de 5 ans aux vieillards du pays ont vécu les événements dramatiques et douloureux que le pays a connu depuis le 10 décembre 2012 jusqu’à nos jours. Le pays de Barthélémy BOGANDA devenu « République centrafricaine » le 1er décembre 1960 qui n’est plus un Etat de droit a besoin nécessairement de tenir les assises de ses Etats-généraux pour faire un diagnostic général et conclure un rapport reflétant la réalité avec des recommandations non fortes mais puissantes auxquelles tout centrafricain doit se soumettre en respectant formellement et scrupuleusement son applicabilité sous peine des sanctions du code pénal centrafricain en cas de violation. S’il n’y a pas des dispositions pénales prévues, il est temps de les établir.

Vous serez étonnés de constater (pour certains) que j’ai mis la République centrafricaine entre Guimet mais c’est parce que vus les faits gravissimes vécus, nous ne constituons plus une république sous contrôle d’un pouvoir légitime et légal depuis l’effondrement de l’Etat. En conséquent, si nous accordions tous notre violon d’aller aux Etats-généraux, je crois qu’il y aura le véritable grand déballage parce qu’on va remonter au début du commencement de la crise pour voir là où le pays a commencé sa glissade pour tomber dans le ravin. C’est-à-dire, à partir de 1958, date de la proclamation de l’indépendance, mais un peu plus que ça puisqu’il faut aussi apporter la lumière sur la disparition du président fondateur de la République, Barthélémy BOGANDA, disparition autour de laquelle un tabou s’est entretenu par le pays colonisateur qui est la France et les traitres de la nation. Il est temps que les centrafricaines et les centrafricains, à l’instar du Congo démocratique concernant Patrice LUMUMBA, prennent une décision pour tirer au clair le rapport relatif à la mort tragique et précoce du président fondateur de la République, son plan quinquennal pour le développement disparu disait-on, et orienter de manière globale une nouvelle politique de développement en tenant compte des aspirations du peuple maltraité, exploité et sacrifié par les fossoyeurs de la démocratie en faveur de la mal gouvernance et le massacre populaire (crimes de guerre et crimes contre l’humanité).

Du président David DACKO après la mort de BOGANDA, à Catherine SAMBA-PANZA, nous sommes dans la première classe des pays africains qui ont battu le record en matière de coups d’Etat et rébellion. Compte de notre médiocrité et de notre reculade inimaginable alors qu’on a démarré ensemble avec les autres pays du continent pour la plupart indépendants en 1960, on occupe lamentablement le 185è rang sur 187 en matière de Développement humain. La RCA est devenue le plus grand entrepôt mondial d’armes et munitions alors que nous ne sommes même pas non plus des fabricants en la matière. D’ailleurs, c’est un pays qui n’a pas d’usine. A part la cimenterie construite nouvellement et que l’ouverture officielle est bloqué par la barbarie des hommes en armes. Le pays est passé pour une plaque tournante de grand concert de circulation d’armes de guerre, de petits calibres et munitions où le trafic s’est développé dans l’extrême nord à nos frontières avec le Tchad et le Soudan. C’est d’ailleurs là où, les islamistes ont mûri l’idée de créer des groupes de rébellion dénommée séléka avec plusieurs chefs de guerre, mercenaires ayant servi la guerre de Darfour et les rébellions tchadiennes en chômage, pour la simple raison que ces zones n’étaient plus contrôlables par le pouvoir central de Bangui qui s’occupait trop des affaires personnelles et claniques que celles de l’Etat. Alors que Jean Bedel BOKASSA que le président du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), Martin ZIGUELE critiquait aujourd’hui sur les ondes étrangères et que certains compatriotes en ont fait mention sur facebook avait bel et bien un regard de chef, de père de la nation sur toute l’étendue du territoire. Les centrafricains vivaient dans la quiétude et étaient fiers de cette armée nationale (FACA) qui, déchirée aujourd’hui en lambeau, surveillait tout le territoire national et protégeait sans faille le peuple centrafricain aujourd’hui orphelin.

Depuis le chaos total, l’Etat centrafricain est en permanence sous perfusion. Sa maladie politique qui paralyse l’administration toute entière est devenue incurable comme la fièvre hémorragique Ebola qui manque de médicament approprié et efficace pour anéantir le virus mortel. Il va sans dire que la république centrafricaine a passé plusieurs années des soubresauts, (mutineries, coups d’Etat, rébellions et de grèves syndicales des travailleurs) à cause de non paiement des salaires des fonctionnaires, des pensionnaires et agents de l’Etat, du népotisme, du clientélisme, de l’affairisme et de la mauvaise gouvernance, voire aussi la gestion familiale au sommet de l’Etat. Des dignes fils du pays qui luttaient pour la démocratie et la bonne gouvernance sont tombés au champ d’honneur. Des pauvres civils ont été tués inutilement par des hommes armés qui s’affrontaient pour la défense de leur régime pour ceux qui sont au pouvoir, et pour destituer les tenants du régime pour ceux qui sont à la conquête du pouvoir en utilisant la voie non démocratique. Les règles du jeu démocratique sont bafouées par la violation de la constitution de la République. Pourtant, ceux qui nous ont gouverné et qui gouvernent ont juré devant Dieu Tout Puissant, créateur de l’humanité et devant les représentants du peuple à l’hémicycle de l’assemblé nationale centrafricaine qu’ils vont mener à bien et à bon port leur mission. Puisque celui qui gagne les élections pose sa main gauche sur le livre d’or de la République et lève la main droite est garant de la Constitution, de l’Unité nationale. Dommage que cette belle phrase souvent prononcée par nos chefs d’Etat n’est jamais respectée scrupuleusement. Les débuts des multiples crises commencent toujours sur cet aspect de violation des articles de la Constitution et les mêmes causes, à n’en point douter, produisent les mêmes effets. A chaque régime, c’est le tribunal de son prédécesseur et c’est le commencement et le renouvellement de la chasse aux sorcières. Après le procès de Jean Bedel BOKASSA, il n’y a jamais eu des procès politiques ou procès pour crimes économiques dont les verdicts ont été rendus publics. D’année en année de crises politico-militaires, il y a eu toujours classement des dossiers judiciaires et c’est l’oubli total. On tourne la page et on en parle plus. Des procédures judiciaires n’ont jamais été jusqu’au bout parce qu’il faut protéger tel ou tel qui est membre du parti au pouvoir même s’il a détourné des milliards. Alors que sous d’autres cieux, les accusés sont limogés et condamnés par la justice. L’indépendance de la justice centrafricaine disparaît en faveur du régime en place et l’Etat perd sa crédibilité. Pourtant, la justice est l’un des baromètres de la démocratie d’un Etat de droit. Depuis plusieurs décennies, on assiste à des exécutions sommaires, des assassinats, des tueries, des viols et exactions de tout genre entretenus par des régimes successifs et les principaux auteurs ne sont inquiétés ni poursuivis par la justice. De surcroît la perte des valeurs de certaines institutions nobles de la République telles que les Forces Armées Centrafricaines (FACA), le parlement de transition dont le peuple s’en est indigné, pour ne citer que celles-là.
L’Etat centrafricain effondré doit être absolument reconstruite sur des bases saines et solides avec des institutions fortes dont les responsables doivent être des hommes illuminés, intègres, ayant une vision pour la reconstruction et la refondation de la République. Et cette refondation de l’Etat doit commencer d’abord par les Etats-généraux de la République puisque nos propres dégâts depuis 1960 constituent une montagne kilométrique d’immondices qu’il faut démolir et aplanir le terrain pour reconstruire des institutions et services dignes de ce nom. Ce qui nécessite, avec l’appui de la communauté internationale un plan Marshall. Mais la responsabilité de ce vaste chantier de renaissance revient d’abord à nous les centrafricains. Surtout et surtout, il faut un véritable changement de comportement et de mentalité si nous avions la volonté politique et l’engagement national de sauver le navire qui se noie.

journaliste politique et culturel
journaliste politique et culturel

Pierre INZA