Pourquoi l’Ethiopie a un nouveau parti au pouvoir

Publié le 25 novembre 2019 , 5:35
Mis à jour le: 25 novembre 2019 5:35

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Bangui (République centrafricaine ) – 25 nov. 2019 17:35

La politique éthiopienne est sur le point d’entrer dans une nouvelle phase après la fusion de trois des quatre partis ethniques de la coalition au pouvoir, qui est en place depuis 1991.

Le nouveau Parti de la Prospérité comprendra également d’autres alliés du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF) qui contrôle actuellement tous les sièges du Parlement.
Le Premier ministre Abiy Ahmed, qui a soutenu le plan, a salué cette décision comme une “étape cruciale dans la mobilisation de notre énergie pour travailler à une vision commune “.
Mais le refus du Front populaire de libération du Tigréan (TPLF) de faire partie du nouveau parti met en lumière les problèmes qui pourraient se poser au Premier ministre.
Il sera confronté à son premier test électoral l’année prochaine, lorsque sa vision d’un pays unifié, d’une part, et ethniquement diversifié, d’autre part, sera soumise au vote.
Qu’y a-t-il derrière la fusion ?
Les discussions au sujet d’une fusion durent depuis plus d’une décennie.
Mais le Premier ministre, au pouvoir depuis avril de l’année dernière, est déterminé à recréer et à rebaptiser le parti parce qu’il croit que l’EPRDF a une image ternie.
Il veut aussi diriger un parti qui reflète mieux ses propres idéaux.
La coalition a été formée en 1988 par des groupes ethniques luttant contre le dictateur Mengistu Haile Mariam.
Elle a réuni le TPLF, le Parti démocratique Amhara, le Parti démocratique oromo (ODP) et le Mouvement démocratique populaire du sud de l’Ethiopie.
Tous les quatre avaient leurs racines dans les mouvements de guérilla marxistes, et bien qu’ils se soient éloignés de cette approche, l’EPRDF a défendu une large implication de l’Etat quand il s’agissait de développement.
Le Parti de la Prospérité, dirigé par M. Abiy, affirme qu’il aura des approches économiques plus libérales et laissera plus de place au secteur privé.
Qu’est-ce que ça changera ?
M. Abiy promeut une philosophie dite du “medemer”, qui signifie ” addition “, qui consiste à encourager la contribution de chacun et à mettre fin au séparatisme ethnique.
Le Parti de la prospérité, contrairement à l’EPRDF, comprendra des personnes de tous les groupes ethniques.
Auparavant, les membres venaient uniquement des quatre partis composant l’EPRDF, les autres ethnies avaient un statut secondaire.
Lors des élections de 2005, l’EPRDF et ses alliés ont remporté tous les sièges parlementaires
Le Premier ministre déclare aussi qu’il veut que les nominations aux postes de responsabilité soient faites sur la base du mérite plutôt qu’avec l’idée d’équilibrer les groupes ethniques.
D’autre part, M. Abiy, un Oromo de souche, tient à promouvoir la diversité dans le pays.
Il est arrivé au pouvoir à la suite d’une vague de protestations de la population d’Oromia, qui s’était plainte de la marginalisation politique et économique, et il est conscient qu’il doit répondre à ces préoccupations sans ramener le pays dans un État fortement centralisé.
Mais il y a encore de grandes questions sur la façon dont le Parti de la Prospérité va fonctionner dans les États régionaux du pays qui sont basés sur l’appartenance ethnique.
Pourquoi le TPLF s’y oppose-t-il ?
Lorsque l’EPRDF est arrivé au pouvoir, le TPLF était le parti dominant.
Meles Zenawi, qui a dirigé le gouvernement de 1991 jusqu’à sa mort en 2012, et d’autres personnalités clés étaient originaires de la région du Tigré.
Mais comme les Tigréans représentent environ 6% de la population, ils perdraient beaucoup d’influence dans le nouveau parti fusionné.
Cette influence s’est déjà estompée depuis l’arrivée au pouvoir de M. Abiy et il y a eu une tension croissante entre lui et la direction du TPLF.
Ils estiment également que la croissance de l’Éthiopie est due à leur approche du développement économique, qui est basée sur l’intervention de l’État et qui semble être en contradiction avec les perspectives du Parti de la Prospérité.
Mais ce n’est pas seulement le TPLF qui est concerné.
Certains membres de l’ODP, que préside le Premier ministre, seraient inquiets que le nouveau parti conduise à une perte de leur identité.
Quelles pourraient être les conséquences d’une scission ?
Il n’est pas encore clair si le TPLF va voler en éclat, ou si certains membres vont rejoindre le nouveau parti tandis que d’autres vont partir.
Le Premier ministre semble avoir des discussions en coulisse avec les membres du TPLF, mais le résultat de ces discussions n’est pas connu.
S’il y avait une scission, cela signifierait que le TPLF deviendrait un parti d’opposition tout en gardant le contrôle de l’État régional du Tigré.
Cela pourrait conduire à une plus grande tension avec le gouvernement fédéral et, dans le cas le plus extrême, à la possibilité de la création d’un État Tigré de facto séparé.
Quelle différence cela pourrait-il faire pour les élections de 2020 ?
Aux yeux de beaucoup de gens, quelle que soit l’ampleur des réformes entreprises, le FDRPE reste associé à l’oppression et aux violations des droits de l’homme, ce qui serait problématique aux urnes.
L’idée du nouveau parti a déjà eu une réaction positive chez certains, mais les dernières années ont vu tellement de changements qu’il est imprévisible de savoir comment les choses se passeront dans les urnes l’année prochaine.

Avec BBC Afrique

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