OPINION: POUR UNE SORTIE DE CRISE EN CENTRAFRIQUE

Publié le 14 juin 2014 , 3:48
Mis à jour le: 15 juin 2014 3:15

Publié par CENTRAFRIQUE LIBRE le 17 avr 2014

Ce présent document est un cri de coeur pour la nation centrafricaine qui vit une tragédie depuis décembre 2012. Il contient un condensé de propositions dont l’objectif est de ramener la paix qui est la condition sine qua non du développement de la Nation centrafricaine. En effet, notre pays a plongé dans un chaos sans nom qui a entraîné la mort de milliers de personnes, la désolation par la destruction et le vol des biens des citoyens de Centrafrique, sans oublier les viols, les enlèvements, l’utilisation d’enfants soldats et les traumatismes psychologiques. Ce chaos est la résultante d’une mauvaise gestion de l’État pendant plusieurs décennies et de l’ambition de nos politiciens dont le seul intérêt était de ravir le pouvoir en faisant alliance avec des bandits de grands chemins et mercenaries étrangers sans tenir compte du bien-être de ceux qu’ils aimeraient diriger.

Le bilan est apocalyptique, notre nation a été complètement ravagée. Sur le plan politique les structures de l’État n’existent presque plus, les Forces de Défense et de sécurité sont désorientées et dysfonctionnelles, la crise alimentaire est aiguë avec des risques de famine, et la crise humanitaire est tout aussi grave avec des millions de déplacés sur tout le territoire. Quant à la crise économique, elle est totale car toutes les couches sociales de la République ont été touchées au point que tous les secteurs économiques ont été affectés. L’impunité bat son plein car sur le terrain, la règle d’or est la loi du plus fort, avec pour conséquences des crimes permanents, dans une logique de vengeance aveugle. Les exactions commises par les séléka et les anti-balakas ont entraîné une fracture de plus en plus palpable entre les communautés musulmanes et non-musulmane gardant ainsi prisionnière la majorité de la population qui est à la merci des balles et toutes autres sortes de dangers.

L’arrivée à la tête de la transition de Mme Catherine Samba-Panza avait suscité un grand espoir pour le peuple centrafricain qui voyait en elle une rupture avec la classe des politiciens qui avaient jusque-là géré l’État. L’aggravation de la situation sécuritaire et son déficit de communication sur l’action qu’elle compte entreprendre pour sortir notre pays de ce chaos en a découragé plus d’un poussant les centrafricains à se demander si elle est effectivement le bon choix. Les derniers évènements qui ont eu lieu à Fatima (grenade lancée parmi des paisibles habitants assistant à une place mortuaire causant la mort d’une dizaine de personnes) puis sur l’axe nord à l’entrée de la ville au PK12 (mort d’une vingtaine de personnes massacrées par la Misca Tchadienne qui disait se defendre face à une attaque des anti-ballakas) nous interpellent sur le dénouement de cette crise.

Il me semble qu’aujourd’hui, la mission première du Gouvernement de transition ne consiste plus à créer les conditions d’élections tant annoncées par la France pour l’année 2015, mais en réalité à préserver l’existence de notre cher pays en tant que Nation une et indivisible où tous ses enfants avec leurs différences culturelles et confessionnelles, pourront vivre de nouveau ensemble et en harmonie. Le Gouvernement de transition a donc la lourde tâche de construire les nouvelles fondations de la RCA qui permettront l’épanouissement du peuple centrafricain et le développement socio-économique du pays où tous les droits humains et l’état de droit seront respectés.

Il est clair que la paix en RCA est un chantier qui donne des frayeurs vu que toutes les fondations de notre pays ont été détruites. Mais le temps est venu d’attaquer tous les problèmes du moment, de prendre des décisions courageuses même si certaines de ces decisions pourraient être impopulaires.

La feuille de route ici proposée est une contribution de sortie de crise à l’endroit des décideurs nationaux et internationaux. Elle englobe plusieurs chantiers dont l’adoption d’un programme de sortie de crise et d’un budget nécessaire à sa mise en oeuvre, le règlement des problèmes sécuritaire, alimentaire et humanitaire. La feuille de route propose également des postes de solutions pour la restructuration de l’administration publique et pour la création des conditionsnécessaires à la réconciliation, la sécurité,la stabilité politique, une paix véritable, et au développement socio-économique durable.

1. La Mise en Place d’un Budget de Crise
Pour répondre aux défis de notre pays dans un état de délabrement généralisé, il est impérieux de confectionner un budget qui puisse soutenir la feuille de route ici proposée et qui puisse contribuer à la relance économique de notre pays. Il faut donc une sorte de plan Marshall pour l’État centrafricain qui a connu une destruction massive des ses infrastructures et la détérioration du tissu social. Nous devons absolument faire comprendre aux nations donnatrices que pour éviter une répétition de l’histoire, un tel investissement est nécessaire vu les risques de déstabilisation de notre pays mais aussi de la sous-région et plus encore si l’on considère l’effet domino, la destabilisation d’autres régions d’Afrique.

2. La restauration de la sécurité sur toute l’étendue du territoire centrafricain
Notre pays n’a jamais expérimenté un si haut niveau de violence et d’insécurité. Pour endiguer les problèmes d’insécurité, il conviendrait de prendre les actions suivantes.
i. La sécurisation des frontières et de toutes les prefectures est primordial pour empêcher l’arrivée d’autres mercenaires ou bandits venant du Soudan,du Tchad ou d’ailleurs, et mettre un terme à toutes rebellions à l’intérieur du pays, d’autant plus qu’une menace de partition avec la creation d’un état musulman avait étélancée.
ii. La sécurisation des populations passe par le désarmement total des membres de la Séléka ou ex-Séléka, des anti-balakas ou de tout autre groupe ou individus armés car tant que ces groupes continueront de commettre des crimes, d’ailleurs souvent suivis d’actes de vengeance nous ne pourrons jamais amorcer une véritable réconciliation.
iii. La sécurisation des minorités musulmanes, Goulas et Roungas s’imposent et dans la mesure du possible, il faudrait créer des zones de sécurité pour ces personnes jusqu’à ce que la tension diminue afin de mettre fin à ces attaques ciblées qui fragilisent la cohesion sociale. La sécurisation des villes se ferait par la fouille de toutes les maisons afin de saisir les éventuelles caches d’armes.
iv. Le départ des forces tchadiennes membres de la MISCA est une décision positive à cause du soupcon de leur complicité avec la Séléka et suite aux meurtres comme ceux du PK12 le week-end du 29 mars où leurs troupes n’ont pas fait preuve de professionnalisme par l’usage excéssif de force dans une zone urbaine ayant causée la mort de civils dont des enfants à bas âge. Cette décision va dans l’intérêt de nos deux pays et de nos deux peuples qui ont toujours vécu en harmonie et qui sont condamnés à vivre ensemble dans le futur. Cela contribuera à préserver la paix entre le Tchad et la RCA et de facto entre les tchadiens et les centrafricains
v. Afin de passer le message aux différentes factions, il va falloir procéder à l’arrestation des responsables de toutes les violences quels que soient leurs bords. Les civils en armes ne devraient pas non plus être tolérés si l’on veut retrouver la quiétude.
vi. Une restructuration des forces de défense et sécurité centrafricaine est nécessaire pour leur recyclage et leur réévaluation afin de pouvoir, dés que possible, les amener à jouer pleinement leur rôle dans la sécurisation de la nation pendant et après cette transition.
vii. Il serait judicieux de réfectionner les écoles militaires (E.M.E.T et celle de Bouar). Les camps militaries existants devront être réhabilitéset d’autres construits en fonction de nos besoins. Le service militaireobligatoire devra être rétabli pour tous les hommes et femmes en âge dés que cela sera possible en s’inspirant de l’exemple d’Israël. La JPN (Jeunesse Pionnière Nationale) serait aussi une autre possibilité pour encadrer nos jeunes désoeuvrés.
viii. La mise en place d’un programme de reinsertion socio-économique des jeunes qui ont été instrumentalisés pour commettre des violences pendant cette crise est nécessaire et permettra de donner un avenir à ceux qui ne peuvent plus aller à l’école.
ix. Une augmentation des troupes de l’ONU à 18000 aurait été souhaitable car la tâche de la sécurisation est énorme vu la taille du pays et la prolifération des armes de tous genres.
x. Le programme de D.D.R.R occupera aussi une place importante au retour à la paix. Tous les combatants des differentes milices devront être pris en compte par cet organe.
xi. Pour terminer sur le dossier sécuritaire, il serait judicieux que les FACAS, la Sangaris, la Misca et les forces onusiennes, soient sous un commandement unifié qui devrait répondre à la vision sécuritaire du gouvernement de transition afin de retrouver notre souveraineté.

3. Le règlement du problème alimentaire
i. Dans l’immédiat nous sommes obligés de continuer à travailler avec des organizations et O.N.G internationalles telles que la F.A.O et le P.A.M afin de fournir de quoi nourrir notre population.L’action des O.N.G n’est pas non plus à négliger.
ii. Mais il faudrait aussi envisager de financer nos agriculteurs afin qu’ils puissent reprendre leurs activités lorsque la sécurité leur permettra de rentrer dans leurs foyers. De meme qu’il est urgent d’élaborer une politique agricole nationale pour assurer l’autosuffisance alimentaire de la RCA

4. Le règlement du problème humanitaire
i. Vu l’insécurité qui a poussé la population à l’exode sur tout le territoire national, il serait judicieux, dans un premier temps, de construire des camps de déplacés temporaires sécurisés afin de permettre que notre peuple vive dans des conditions de vie dignes, avec une meilleure hygiène et à l’abri des intempéries.
ii. Cette crise aura vu la destruction de nombreuses habitations dans tout le pays. Il faudrait déjà reflechir aux efforts de reconstruction des habitations lorsque les conditions sécuritaires s’y prêteront.
iii. Le système de santé doit être réévalué et reconstruit sur l’ensemble du pays, notamment les dispensaries et les hopitaux). Le traitement post-traumatique de la crise est nécessaire vu les atrocités (tueries et cannibalisme) vécus durant cette période.
iv. Il faudrait une coordination de l’action des O.N.G nationales et internationales avec la politique sociale du Gouvernement de Transition.

5. La fin de de l’impunité
La fin de l’impunité repose sur trois piliers:
i. Reconstruire le système judiciaire avec une indépendance financière à son personnel pour lutter contre la corruption et assurer son impartialité
ii. Reconstruire le système carcéral
iii. Recycler le personnel judiciaire afin que ce travail soit exemplaire.

6. La restructuration de l’administration
Pour ce qui est de la restructuration de l’administration, il serait souhaitable de:
i. Remise à neuf de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (E.N.A.M)
ii. Restructurer l’administration en recyclant tous nos administrateurs pour améliorer leur efficacité..
iii. Mettre sur pied une formation obligatoire à l’E.N.A.M pour tout nouveau fonctionnaire .
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7. La création des conditions de la réconciliation
i. Il nous faudra réfléchir ensemble sur le modèle que nous devrons utiliser pour arriver à la paix. Une commission “VÉRITÉ-JUSTICE-RÉCONCILIATION” pour creer les conditions d’une paix veritable et d’une reconciliation vraie pourrait être une option.
ii. Beaucoup de crimes de sang ont été commis en RCA. Il serait nécessaire d’en parler ouvertement une bonne fois afin que ces évènements ne soient plus instrumentalisés pour diviser.
iii. Les sports, l’art, la culture, les medias y compris la radio et la télévision, et le scoutisme pourront être utilisés pour réconcilier les centrafricains car ils en ont tant besoin.

Les cartes sont entre les mains des Centrafricains. C’est donc au gouvernement de transition de jouer son rôle. Il lui appartient de travailler avec les amis africains de la RCA ainsi que de la communauté internationale afin qu’ils soutiennent notre pays dans la réalisation de cette mission hautement importante pour notre salut.

Eugene Pehoua-Pelema
Bamara Champion D’Afrique 87

 

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