ONU/CENTRAFRIQUE: FAUT-IL PROLONGER LE MANDAT DE LA MINUSCA ?

Publié le 27 décembre 2018 , 3:53
Mis à jour le: 27 décembre 2018 3:53
Une patrouille des soldats du contingent tanzanien à gamboula le 7 juillet 2018. CopyrightAFP..
Une patrouille des soldats du contingent tanzanien à gamboula le 7 juillet 2018. CopyrightAFP..

 

 

ONU/CENTRAFRIQUE: FAUT-IL PROLONGER LE MANDAT DE LA MINUSCA ?

 

 

UN PREMIER MANDAT SANS EFFET

        

Il est bien difficile de dire que le premier mandat accordé à la MINUSCA par les Nations-Unies a produit le résultat attendu et espéré au pays de Barthélémy Boganda : la paix n’est toujours pas revenue.

         Du fait de leurs comportements hautement condamnables, certains de ses éléments ont leurs responsabilités dans l’aggravation et le prolongement du chaos qui ensanglante le pays. Malgré la présence de Casques bleus déployés dans toutes les régions, des lieux de culte chrétien ont été profanés et incendiés, des paroissiens suppliciés et martyrisés, des populations razziées et massacrées par des ex-Sélékas et des Antibalakas à la dérive, souvent sous les yeux des soldats de l’ONU qui se sont gardés d’intervenir.

         Une scène particulièrement sinistre a eu lieu lors des derniers massacres perpétrés par les hommes de l’ U PC à Alindao devant des membres du contingent mauritanien. Ceux-ci se sont contentés de regarder ce qui se passait, hilares, au lieu d’intervenir pour arrêter le supplice d’innocentes victimes désarmées, comme les y obligent leurs missions de protection de la population. Il a fallu que des militaires rwandais qui passaient par là s’interposent pour arrêter le massacre.

         Les soldats du contingent mauritanien ont un passé lourd en Centrafrique. Musulmans, ils ont souvent dérogé à leur mission qui est de protéger les populations de toutes confessions. Un troc sinistre s’est même établi entre les ex-Sélékas et eux, sans doute par solidarité confessionnelle. Des rumeurs alarmantes en accusent certains de se livrer à des trafics d’armes avec les rebelles. Ce qui fait que tous les chrétiens pâtissent cruellement de ces connivences.

         On cite même le nom d’un officier qui aurait passé son temps à opérer des transactions illicites de diamants avec des ex-Sélékas. Devenu immensément riche, il se serait fait construire une somptueuse villa, en troquant des diamants du sang venus du Sénégal, son pays d’origine.

         Des soupçons planent également sur des soldats de la force française Sangaris, accusés d’avoir pillé des mines diamantifères. Des militaires congolais auraient même transformé la Maison de la Presse, la nuit venue, en bordel militaire de campagne.

         Pour ces Casques bleus, la Centrafrique est un pays de cocagne et une terre de prédation. Ils en oublient les missions qu’on leur a confiées. Des accusations de viols d’adolescentes et de femmes par des soldats de la MINUSCA et de SANGARIS sont avérées. Or, jusqu’à aujourd’hui, aucun de ces criminels n’a été jugé. L’ONU et la France font obstruction, pour blanchir leurs soldats et les soustraire aux griffes de la justice.

         Il est à noter que les envoyés des Nations-Unies sont largement rémunérés par la communauté internationale. Ce qui les devrait, normalement, les mettre à l’abri de toute tentation prévaricatrice…

UN GOUVERNEMENT IMPUISSANT ?

         On se demande ce que font les autorités centrafricaines devant ces crimes. Les dérives et les errements de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) l’ont totalement décrédibilisée aux yeux des Centrafricains. Les responsables du pays l’ont pourtant rarement recadrée, la laissant prendre des initiatives sans tenir compte des exigences de paix et de protection des populations qui devraient être les préoccupations essentielles du gouvernement.

         Or, le statut des Casques bleus les oblige à exécuter les ordres donnés par les autorités du pays. Autrement dit, le gouvernement centrafricain a autorité sur le commandement des Casques bleus. Ce qui, jusqu’à présent, n’a pas été le cas.

         La résolution 2448, prolongeant pour un an la mission de la MINUSCA en Centrafrique, qualifiée de « vigoureuse », va-t-elle être réellement offensive sur le terrain ? Les autorités centrafricaines auront-elles les mains libres pour décider des priorités ? Ou seront-elles sous influence des prédateurs étrangers ? Les initiatives d’actions destinées aux Casques bleus ne doivent pas provenir uniquement du Conseil de Sécurité : elles doivent surtout émaner des autorités centrafricaines. Ce sont elles qui sont au fait de ce qu’il faut pour leur pays.

QUELLES PISTES POUR SORTIR DU CHAOS ?

         Il aurait d’abord fallu ne pas reconduire la MINUSCA en l’état. Les différents contingents auraient eu besoin d’un toilettage sévère. L’ensemble des contingents, du fait de la durée de leur présence dans le pays, a pris de mauvaises habitudes. Certains soldats ont été bien loin de leur mission de paix et de protection des populations. Beaucoup se sont vautrés dans le stupre ou les trafics de diamants et autres pierres précieuses.

         Toutefois, il faut reconnaître qu’en matière d’actions humanitaires, des choses ont été accomplies. Certains contingents, comme celui du Rwanda, ont rempli leur mission avec honneur et détermination. Il serait donc souhaitable qu’elle continue.

         Loin de nous, en effet, la volonté de jeter l’opprobre sur la MINUSCA tout entière. Mais cette résolution 2448 prolongeant sa mission pour un an sans changer les paramètres de son action risque de compliquer une situation déjà largement inextricable. Remplacer le Gabonais Parfait Onanga Anyanga par le Sénégalais Mankeur Ndiaye ne suffira certainement pas à rassurer les Centrafricains.

         Il y a fort longtemps, hélas ! qu’ils désespèrent de voir arriver la paix.

         Pour que le pays sorte du chaos, des mesures plus fortes s’imposent. Si on veut y parvenir, il faudra procéder à des changements plus radicaux.