LES USMS : CHRONIQUE D’UN ECHEC ANNONCÉ.

Publié le 24 mai 2020 , 5:58
Mis à jour le: 24 mai 2020 6:04

touadera et deby 

Bangui (Corbeaunews-Centrafrique) – L’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République Centrafricaine dit Accord de Khartoum du 6 Février 2019 entre le gouvernement de la RCA et quatorze groupes armés  est voué à l’échec dès l’origine. Il est porté à bout de bras par le gouvernement centrafricain et les groupes armés, la France et l’Union Européenne, les Etats-Unis d’Amérique,  l’Union Africaine (UA). Il suscite scepticisme, incompréhension doute ou rejet de la part de l’opinion publique nationale, et internationale.

 

« Si ça ne tenait qu’à moi, Mahamat Zacharie, un constituant, je dois purement et simplement déchirer cet accord » (7/10/2019 RNL).

 

Les raisons de cet échec.

 

Les Unités Spéciales Mixtes de Sécurité (USMS) sont nées de l’accord de Khartoum lui-même mourant, maintenu sous perfusion par ceux cités plus haut. Cet acharnement coûte beaucoup d’argent aux contribuables européens, africains et des centaines des morts innocents en RCA.

Ce quatorzième accord est censé mettre un terme à un processus de “paix” entamé en 2012. Mais c’est en novembre 2016 que MM Idriss Déby Itno, alors président du Tchad et président en exercice de l’UA et Faustin Archange Touadéra décident d’organiser une réunion de l’UA sur un processus de pacification de la RCA “dans un bref délai”. « Idriss Déby Itno souligne que, des instructions sont données en ce sens au Commissaire de l’Union Africaine en charge des questions de paix et de sécurité, l’Ambassadeur Smaïl CHERGUI ainsi qu’à l’envoyé spécial de l’UA en République centrafricaine pour la tenue de cette rencontre » Tchadinfo.com du 10/11/2016.

 

L’accord de Khartoum porte des germes d’échec. Il est signé par le gouvernement et quatorze groupes armés. Les forces vives de la Nation sont écartées. L’Accord politique de Libreville sur la résolution de la crise politico-sécuritaire en République Centrafricaine (1/01/2013) et la Feuille de route pour la paix et la réconciliation en République Centrafricaine de l’UA (17/07/2017) écartent eux aussi les Centrafricains des décisions qui concernent leur pays. Il est écrit sur la Feuille de route qu’elle « entre en vigueur dès sa signature par les Parties prenantes au dialogue, et constitue l’initiative africaine et qui met fin à toute autre initiative ».

 

« Il n’y a aucune alternative, ni souhaitable, ni susceptible de réussir », a déclaré Jean-Yves Le Drian lors d’une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Des déclarations qui interviennent alors que la Russie est de plus en plus présente diplomatiquement et militairement – ainsi que par mercenaires interposés – dans ce pays (Jeune Afrique 25/09/2018).

 

Le Général d’Armée centrafricain, Ludovic NGAÏFET se porte en faux vis-à-vis des USMS. “Maintenant s’est greffée à la loi de programmation militaire une autre mission. Je ne sais pas si elle va se réaliser dans le cadre de l’accord de Khartoum, les USMS.

Là, je le dis très clairement en tant qu’officier général, je me porte en faux vis-à-vis des USMS avec des rebelles. Ça ne rentre pas dans les missions militaires qui sont définies par la loi. Nous avons ce qu’on appelle le cadre d’emploi de nos forces.

N’allons pas ramener notre armée à un tel niveau d’assujettissement” (RNL 3/6/2020).

 

Abakar SABONE sur Youtube le 22/05/2020 s’adressant à Fidèle GOUANDJIKA ironise sur les USMS : ” Nous sommes dans quel Etat ? Vous prenez l’armée nationale et vous prenez l’armée non conventionnelle vous mélangez pour former une brigade mixte. Tu dis que tu fais partie du Conseil Supérieur de Défense (CSD). Viens nous expliquer les missions de l’USMS”

 

 

Les missions des USMS.

 

La crise politique aigue que traverse la RCA combinée à d’autres facteurs ont fragilisé l’économie centrafricaine et notamment le secteur de l’élevage. De type extensif, l’élevage bovin fut introduit en RCA dans les années 1920 par des éleveurs peuls en provenance du nord Cameroun (Boutrais et Crouail, 1986). Les conditions favorables (faible occupation humaine, abondance de points d’eau et de pâturages) ont rendu possible la pratique de l’élevage dans les zones de savanes centrafricaines où les éleveurs peuls sédentaires vivaient en relative harmonie avec les populations locales agricoles. Cependant, la dégradation climatique et la détérioration de la sécurité sur le plan sous régional ont drainé vers la RCA, une vague d’éleveurs en provenance des pays voisins en particulier le Tchad et le Soudan. L’afflux massif d’éleveurs transhumants disposant d’importants troupeaux et la violence qui caractériserait leurs modes opératoires ont exacerbé les tensions liées à la gestion des ressources pastorales dans les zones rurales. Dans un contexte sécuritaire confus, les éleveurs transhumants sont associés aux coupeurs de routes, aux bandits armés et aux rebelles opérant en RCA 1. En 2012, avec l’avènement de la Séléka, les éleveurs ont été impliqués dans les cycles de violences intercommunautaires et pris au piège des groupes armés. Ainsi depuis 2013, la crise a dessiné une nouvelle géographie de la RCA (Rapport conjoint de mission FAO DRC CRS 2015).

 

Le gouvernement et les groupes armés conviennent de mettre en place un système de gestion efficace et équitable de la transhumance pour en faire une activité sécurisée et pacifiée, essentielle au développement harmonieux éleveurs agriculteurs (Accord de Khartoum Art. 14).

Ils s’engagés à mettre en place des USMS, placées sous la supervision de CEMA et peuvent solliciter l’appui de la MINUSCA. Elles sont constituée des FSD et des groupes armés majoritaires adhérents à l’accord Art.16.

Enfin, les USMS contribuent à la protection et à la sécurité des populations civiles, renforcent l’ordre public sécurisent les couloirs de transhumance et rempliront toutes missions assignées par le comité technique de sécurité Art.17.

 

Pour le Général d’Armée Ludovic NGAÏFET, il n’est pas tard. On peut réunir les officiers dans le cadre du Conseil Supérieur de Défense (CSD). Voir dans quelles mesures renforcer les Eaux et Forêts, ça c’est leur mission, la protection de la flore et de la faune.  Les Eco gardes sont des gens qui sont formés militairement. Ils sont très compétents.

“Si ce n’est que des patrouilles  pour protéger les couloirs de transhumance, nos politiques doivent revoir leur copie. Çà ce n’est que la position d’un officier qui respecte les fondamentaux de l’Armée. Ce n’est pas faire de la politique”.

 

Article écrit par Les Amis de Siloë Centrafrique

23 Mai 2020

 

 

 

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