Les dilemmes du maintien de la paix en Centrafrique

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Arrivée de la logistique des forces des nations Unies en Centrafrique
Les drapeaux ont flotté, la fanfare a joué et les bérets verts des soldats de l’Union africaine (UA) ont été remplacés par les bérets bleus des soldats des Nations unies. La MISCA est officiellement devenue la MINUSCA. Pendant le transfert des responsabilités, la MINUSCA a publié sur Twitter : « Pour les Nations unies, la priorité est de supporter le processus politique et de compléter la transition de la RCA », provoquant l’inquiétude parmi ceux qui croyaient que la priorité numéro un de la nouvelle force était de protéger les civils.
Alison Giffen, qui dirige le projet Civilians in Conflict au Stimson Center (un groupe de réflexion basé à Washington), ne croit pas qu’il faille tirer des conclusions du choix des termes d’un seul tweet, mais elle estime que la MINUSCA, comme d’autres missions de maintien de la paix, a trop d’éléments sur sa liste de priorités.

« À l’heure actuelle, nous en demandons beaucoup trop simultanément aux opérations de maintien de la paix », a-t-elle dit à l’occasion d’une rencontre qui s’est tenue à Londres la semaine dernière. « Nous leur demandons de prendre en charge la protection des civils, les élections, l’extension de l’autorité de l’État, la construction de l’État, et cela entraîne un éparpillement de ressources. La protection des civils représente également un défi, parce que la mission de maintien de la paix doit réellement collaborer avec le gouvernement de l’État hôte, même lorsqu’il est lui-même impliqué ou responsable de violations ».

Le mandat confié à la MINUSCA par le Conseil de sécurité est ambitieux et exhaustif. La protection des civils figure effectivement en tête de la liste, suivie de l’appui à la mise en ouvre du processus de transition, la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire, la promotion des droits de l’Homme, la promotion de l’État de droit, le désarmement et la démobilisation et la protection du personnel des Nations unies. Le document décrit 22 tâches prioritaires et cinq « tâches additionnelles », incluant l’appui à la réforme du secteur sécuritaire, lorsque les circonstances le permettront.

Mme Giffen a contribué à une édition du magazine Humanitarian Exchange consacrée à la RCA et publiée par le Réseau des pratiques humanitaires (Humanitarian Practice Network, HPN), basé à Londres.

Dans son article, elle prône l’adoption d’une approche soigneusement planifiée commençant par le déploiement de l’ensemble du personnel nécessaire à la protection des civils – les soldats de maintien de la paix, mais aussi les policiers et les civils. Elle recommande de procéder au recrutement rapide d’agents de liaison communautaire, idéalement des Centrafricains, pour faciliter la communication entre les communautés affectées par le conflit et les unités de la MINUSCA. Ces derniers pourront en effet aider les soldats et les policiers à comprendre les priorités des communautés en matière de sécurité et expliquer à ces communautés les activités et les limites de la MINUSCA.

Cette composante civile ainsi que l’adoption d’une approche plus globale font partie des forces des missions des Nations unies. La MINUSCA dispose, par ailleurs, de ressources beaucoup plus importantes et d’une expertise beaucoup plus variée que la MISCA. Des contingents du Bangladesh, de l’Indonésie, du Maroc et du Pakistan intègrent actuellement la force de la MINUSCA, mais de nombreux soldats de l’Union africaine – des ressortissants du Burundi, du Cameroun, des deux Congo, du Gabon et du Rwanda – continueront aussi de servir en son sein, ce qui pourrait poser problème.

La confiance est essentielle

La confiance est essentielle pour protéger efficacement les civils. Or certains éléments de la MISCA étaient considérés avec méfiance par une frange ou une autre de la population centrafricaine. Les Tchadiens – qui ont été particulièrement critiqués en raison de leur alliance avec les milices de la Séléka – sont partis, mais ceux qui restent ne sont pas nécessairement irréprochables.

« Ce n’est pas une nouvelle force de maintien de la paix», a dit à IRIN Véronique Barbelet, du Groupe de politique humanitaire. « C’est une réaffectation, un transfert de responsabilités. Je sais qu’ils sont passés par un genre de processus de vérification, mais cela ne change rien à la perception de la population. Ce qu’il faudrait faire dès maintenant, c’est de mener une enquête pour comprendre quelles sont les perceptions actuelles des différentes nationalités qui forment la MINUSCA ». Il s’agit, selon elle, d’un autre domaine dans lequel les agents de liaison communautaire pourraient contribuer à clarifier les malentendus.

« Ce qui était aussi problématique avec la MISCA, c’est que les contingents étaient déployés près de la frontière entre la RCA et leur propre pays. Les Tchadiens étaient stationnés dans le Nord du pays, les Camerounais, dans l’ouest, et ainsi de suite. Et la perception était qu’ils devaient avoir un intérêt particulier, un intérêt personnel quelconque dans les communautés dans lesquelles ils étaient chargés du maintien de la paix. Je crois que cela va changer avec la MINUSCA et que c’est une très bonne chose », a-t-elle ajouté.

La neutralité et la perception de la neutralité représentent également un défi pour la MINUSCA, car elle doit également remplir la part de son mandat qui consiste à appuyer la mise en ouvre du processus de transition, ce qui inclut la planification d’élections. Selon Jenny McAvoy, directrice de la protection pour InterAction (un réseau composé d’ONG américaines et de leurs partenaires mondiaux), il faut que la MINUSCA soit perçue comme apportant son soutien à un processus plutôt qu’à tel ou tel acteur.

 

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