La mort d’Idriss Deby plonge Bangui dans la paranoïa, la fille de Abakar Sabone devient première dame au Tchad

Publié le 2 mai 2021 , 3:20
Mis à jour le: 2 mai 2021 4:37
Le Président Faustin Archange Touadera et son homologue tchadien Idriss Deby à Ndiamena. CopyrightDR
Le Président Faustin Archange Touadera et son homologue tchadien Idriss Deby à Ndiamena. CopyrightDR

 

Bangui, République centrafricaine, dimanche, 2 mai 2021 ( Corbeaunews-Centrafrique). Sous le règne d’Idriss Déby, le Tchad s’est mué en acteur incontournable en Centrafrique voisine, où il avait tissé des liens privilégiés avec plusieurs groupes rebelles. Les faits et gestes du nouvel homme fort de N’Djamena, “Kaka”, sont ainsi scrutés par Touadéra, qui s’inquiète des connexions centrafricaines du fils Déby. Enquête. 

 

Faustin Archange TOUADERA avait laissé planer le suspense jusqu’à la dernière minute

Il a finalement choisi l’apaisement en se rendant le 23 avril aux funérailles de son homologue tchadien, Idriss Deby, avec qui il entretenait des relations pour le moins compliquées.

Depuis décembre et l’offensive de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) à Bangui, les relations entre les deux capitales se sont particulierement tendues. Coté tchadien, les récentes manœuvres des Forces armées centrafricaines (FACA), non loin de la frontière entre le Tchad et la Centrafrique, avaient crispé le pouvoir central à N’Djamena. En étroite collaboration avec l’appui de la Russie, l’armée centrafricaine s’est lancée dans une chasse visant le CPC, coordonnée par l’ancien président François Bozizé, régulièrement aperçu non loin de la frontière tchadienne.  Par ricochet, l’affaire avait mème jeté un coup de froid sur les relations diplomatiques entre N’Djamena et Moscou fin mars : l’influent ambassadeur russe à Bangui, Vladimir Titorenko, avait regretté le 29 mars que “Tes forces de la CPC utilisent le Tchad comme base arrière.”  Une sortie qui avait alimenté la colère du ministère tchadien des affaires étrangères. Ce dernier avait réagi le; avril par vote de communique pour condamner les propos du diplomate russe.

Déjà, en décembre, les autorités de Bangui avaient dénoncé la présence de “combattants tchadiens dans les rangs des rebelles du C.PC, suscitant une pluie de démentis  de N’Djamena.

Soucieux de jouer l’apaisement au lendemain du décès d’Idriss Deby, le conseiller spécial du président centrafricain à la sécurité nationale, le Russe Valery Zakharov, s’est empresse d’assurer sur son compte Twitter que les FACA n’entreraient d’aucune façon sur le territoire tchadien.

Les connexions centrafricaines de “Kaka”,  De leur côté, plusieurs cadres du CPC misaient sur la fin des élections tchadiennes pour une hypothétique intermédiation de Déby entre Touadera et Bezize, apres l’échec de la première initiative de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) au mois de février dernier.

Bien que le Tchad ait toujours nié toute implication avec la CPC, plusieurs gradés tchadiens cultivent des liens indirects avec des leaders de la coalition rebelle, suscitant la paranoïa de Bangui. Depuis l’arrivée, le 20 avril, du Conseil militaire de transition (CMT), les services centrafricains scrutent ainsi tout particulierement le nouvel homme fort du Tchad, Mahamat Idriss Deby, dit “Kaka”. Et pour cause : ce dernier est marié à la fille du puissant porte-parole de la CPC, Abakar Sabone, un habitué des rebellions depuis vingt ans et sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

Mahamat Idriss Deby est également un ami d’enfance de Danzoumi Yalo, compagnon de route de François Bozizé en 2003 et arrêté le 4 février par la police centrafricaine pour ses liens présumés avec la CPC. Son évasion, dans la nuit du 25 au 26 fevrier, a défrayé la chronique à Bangui quant à d’éventuelles complicités extérieures.

Le “colonel Daz“, également accusé par la Guinée équatoriale d’avoir soutenu la tentative de coup d’Etat de 2017 contre Teodoro Obiang Nguema, est le frère cadet de Sani Yalo, homme d’affaires centrafricain et tout puissant financier de Faustin-Archange Touadera.

 

Prisonniers

 

Le CMT aura plusieurs dossiers sensibles à gérer avec Bangui, à l’instar de celui du très actif chef rebelle du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, détenu par la justice tchadienne depuis un an malgré les demandes d’extradition répétées de Bangui. La RCA pourrait donc profiter de l’arrivée des nouvelles autorités pour relancer le dossier. Le cas de Mahamat Abdoul Kadré Oumar, plus connu sous le nom de Baba Laddé, qui fut à la tète de l’un des premiers groupes armés centrafricains, le feu Front populaire pour le redressement (FPR), de 2008 à.2012, devrait aussi être l’objet de toutes les attentions. Baba Ladde a été emprisonné au Tchad de 2012 à 2020. Ce Idriss Déby avait mis en scène leur réconciliation de manière spectaculaire lors d’un meeting de campagne, le 1er avril dernier, Bongor.

La scène avait fait grand bruit Bangui, relançant les plus folles spéculations sur un retour du chef peul auprès de l’Union pour la Centrafrique (UPC), le puissant groupe fondé par l’ancien lieutenant de Baba Laddé, Ali Darass.

 

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