Discours de l’Ambassadrice de l’Union européenne en République centrafricaine Samuela Isopi à Bouar

Publié le 18 octobre 2019 , 7:30
Mis à jour le: 18 octobre 2019 7:30
Madame l'Ambassadrice de l'Union européenne en Centrafrique Samuela Isopi le 16 octobre 2019 à Bouar. Crédit photo : Cyrille Jefferson Yapendé /CNC
Madame l’Ambassadrice de l’Union européenne en Centrafrique Samuela Isopi le 16 octobre 2019 à Bouar. Crédit photo : Cyrille Jefferson Yapendé /CNC

 

 

Bouar, 16 octobre 2019

 

Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat

Honorable Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministre Chef du Gouvernement,

Madame la Ministre de la Défense Nationale et de la Reconstruction de l’armée

Monsieur le préfet de la Nana Mambéré,

Monsieur le Maire de la ville de Bouar,

Monsieur l’Ambassadeur, Haut représentant de la République française

Monsieur le Chef d’Etat-major des Armées,

Mon général, commandant la Mission européenne EUTM,

Monsieur le Représentant du Président de la Commission de l’Union africaine,

Monsieur l’Ambassadeur de la CEEAC,

Monsieur le Représentant de la MINUSCA,

Chers invités,

 

Vaillantes populations de Bouar,

 

Je me réjouis, Monsieur le Président, d’être pour la 3ème fois avec vous à Bouar, aux côtés des populations et des Autorités, pour cette journée dédiée à la restauration de l’autorité de l’Etat et à la reconstruction des institutions de la sécurité, si chères à tous les centrafricains.

 

Le 17 juillet, nous étions déjà réunis dans cette même place avec vous et avec la Haute-Représentante / Vice-Présidente de la Commission européenne, Mme Fédérica Mogherini. En l’espace de 3 mois, quel bonheur de voir le chemin parcouru !

 

Nous sommes ici pour constater les progrès accomplis ensemble dans la Restauration de l’autorité de l’Etat dans ses fonctions les plus régaliennes: l’armée, la gendarmerie et la police, c’est-à-dire les Institutions qui doivent détenir le monopole de la coercition publique, au profit exclusif des populations.

 

Nous venons d’assister à la cérémonie de fin formation et au défilé militaire de la première promotion de soldats centrafricains en 7 ans, des jeunes recrues formés par la mission européenne EUTM-RCA, qui sauront consacrer leur force à la sécurité du pays et de son peuple, afin que chaque centrafricain puisse vaquer à une vie paisible.

 

Ces jeunes recrues sont le symbole le plus fort de cette nouvelle Centrafrique et de la construction d’un nouvel avenir pour tous les centrafricains. Ces jeunes recrues sont également le symbole du chemin parcouru dans la reconstruction des istitutions sur lesquelles se fonde un pays. Je tiens à remercier et à féliciter le Général Peltier et toute son équipe pour l’engagement et le travail extraordinaire mené par la Mission pour batir l’armée de demain.

 

Où mieux qu’à Bouar, pourrions-nous prendre ensemble la mesure du chemin parcouru, dans cette ville qui incarnent autant de valeur et de symbole pour votre pays et son histoire et où se reflètent la vision et la densité de notre partenariat.

 

Bouar incarne le tournant auquel se trouve aujourd’hui la RCA: les premiers résultats tangibles de l’Accord du 6 février, les premiers dividendes de la paix, la restauration de l’Autorité de l’Etat, le redéploiement de ses forces de défense et de sécurité, la mise en place de la première USMS, la relance socio-économique pour laquelle Bouar, positionnée sur l’axe reliant la Centrafrique au Cameroun joue un rôle déterminant pour tout le pays; le retour des nombreux Centrafricains réfugiés dans les pays voisins; le dialogue avec ces voisins, pour un pays enclavé mais aussi riche en potentiel comme la RCA.

 

Monsieur le Président,

 

L’Union-Européenne a mis la consolidation des institutions, la restauration de l’autorité de l’Etat et la reconstruction des forces de défense et de sécurité au coeur de son partenariat multidimensionnel et exceptionnel avec la RCA. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de faire le déplacement d’aujourd’hui, placé sous le signe de la devise “Ensemble aujourd’hui pour construire demain” gravée sur la stèle symbolique que vous avez dévoilée en juillet dernier avec la HR Mogherini. Ici à Bouar, nous avions aussi inauguré ensemble, en aout 2018, 4 nouveaux batiments administratifs, qui ont facilité le redéploiement de l’autorité préfectorale et des servces de l’Etat.

 

Aujourd’hui nous franchissons une nouvelle étape, à la fois concrète et symbolique. 3 mois après le lancement des travaux, nous nous retrouvons pour célébrer la concrétisation de nos actions et la matérialisation de notre vision qui est la vôtre: celle incarnée par le Plan National de la défense et par une armée de garnison, à travers l’opérationnalisation de la zone de défense pilote du Nord-Ouest.

 

Nous allons aujourd’hui inaugurer plus particulièrement les premières réalisations de trois projets financés via l’Instrument contribuant à la stabilité et à la paix, pour un montant global de 12 millions d’euros, qui s’inscrivent dans cette vision:

 

– il s’agit, nous le voyons ici, de la construction, avec UNMAS, d’armureries et de sites de stockage afin de doter la RCA et les FACA des capacités de gestion de l’armement conformes aux standards internationaux. La première armurerie vous est remise aujourd’hui, avec d’autres, également terminées, qui sont situées dans d’autres endroits du Camp. Un dépôt régional de munitions, situé en dehors de la ville, est en construction et vous sera remis en février 2020. Ces infrastructures viennent non seulement revitaliser le professionnalisme des FACA, mais elles ont aussi contribué à atteindre les conditions nécessaires pour obtenir l’assouplissement du régime d’embargo sur les armes.

 

– il s’agit également de la réhabilitation du Camp Leclerc (par la Fondation Suisse de Déminage), destiné à devenir le quartier général du commandement de la Zone Défense Ouest. Nous vous remettons aujourd’hui les premiers bâtiments qui abriteront les FACA ici déployés au cours de leur vie en caserne. Ces rénovations ont été le fruit d’un travail d’équipe, mené avec vos soldats du Génie, formés par l’EUTM, qui, sous l’encadrement d’experts européens, ont réalisé eux-mêmes une partie des bâtiments.

 

Sur ces chantiers, des liens de fraternité se sont tissés entre sapeurs centrafricains et experts européens qui ont travaillé “maboko na maboko”, main dans la main, une fraternité qui s’est concrétisée dans la fierté du travail bien fait. En plus de ce transfert de compétences entre l’Europe et le Centrafrique, des entreprises locales ont été sélectionnées à Bouar et ont participé à la réalisation des travaux, en créant des emplois pour la jeunesse de Bouar et de la richesse pour la communauté. Ainsi, le projet a permis d’irriguer le tissu socio-économique local.

 

– il s’agit encore de la construction par CIVI.POL, d’infrastructures dont nous allons, après la collation, visiter un chantier, notamment le futur Centre de Formation des forces de sécurité intérieure de Bouar, Police-Gendarmerie, situé dans le Groupement de Gendarmerie. Ce Centre, dont nous constaterons aujourd’hui l’état d’avancement des travaux, vous sera remis en début d’année 2020 et sera opérationnel avec les premières formations dans 5 mois, en mars 2020.

 

Ces trois projets, Monsieur le Président, témoignent de l’engagement indéfectible de l’Union européenne aux côtés du peuple centrafricain pour la reconstruction de leur armée et de leurs forces de sécurité intérieure à travers un ensemble d’actions, dans une approche global qui prend en compte toutes les dimensions: conseil stratégique, éducation des cadres, formation et moyens logistiques pour un déploiement effectif inscrit dans la durée.

 

Dans ce meme esprit, à votre demande l’Union européenne déployera dans les mois à venir une mission civile, EUAM, formés d’experts – policiers et gendarmes – de différents pays européens qui accompagneront le Ministère de l’intérieur, la Direction de la police et de la Gendarmerie, dans la restructuration et le renforcement des FSI.

 

Nous sommes convaincus que la mise en oeuvre de l’Accord du 6 février et le retour d’une paix durable doivent passer par le construction et la consolidation des institutions, la restauration de l’autorité de l’Etat et le retour de ses services au profit des populations. Le pays pourra véritablement tourner la page quand l’Etat sera en mesure de reprendre toute sa place. C’est pourquoi nous sommes engagés derriere vous et derriere les centrafricains pour rebâtir l’Etat et aider à reconstruire, à travers nos différentes actions, ses fondamentaux.

 

Soyez rassuré, Monsieur le Président, que l’Union européenne restera mobilisée à cotés de la Centrafrique pour accompagner cet effort colossal, de la reconstruction de l’Etat, à travers la restauration de son Autorité, la réforme de la sécurité, le rétablissement de l’Etat de droit, la lutte contre l’impunité, le renouveau de la justice centrafricaine et la promotion d’une bonne gouvernance. Seule voie pour une vraie sortie de crise.

 

Un engagement si dense et important ne serait pas possible sans l’appui constant et determiné de tous les Etats-Membres de l’Union européenne, qui a décidé d’investir dans la reconstruction de votre pays et dans la refondation de ses forces de défense et de sécurité. Je tiens à saluer la présence aujourd’hui de l’Ambassadeur de France, Eric Gerard, et à le remercier pour le soutien constant, à Bangui et à Bruxelles, aux actions que nous menons tous ensemble pour une Centrafrique unie, paisible, dotée d’institutions fortes et en marche vers le développement.

 

Je vous remercie. Singhila Minghi.