: DECRYPTAGE ANALYTIQUE ET POLITIQUE DE L’INTERPELLATION DU PREMIER MINISTRE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE. 

Publié le 2 novembre 2019 , 1:46
Mis à jour le: 2 novembre 2019 1:46
Monsieur Bernard Selembi Doudou, l’auteur de l’article. Photo d’archive.

 

Dans le cadre des rapports démocratiques entre le législatif et l’exécutif, l’assemblée nationale a interpellé le premier ministre chef du gouvernement de s’expliquer sur l’actualité politique centrafricaine.

 

Selon les dispositions de l’article 89 de la constitution confirmées par l’article 94 des règlements intérieurs de l’assemblée nationale, l’interpellation du gouvernement devant les parlementaires est l’un des moyens d’information, de contrôle et d’actions du parlement sur le gouvernement. Ce périlleux exercice démocratique qui, sous d’autres cieux emporte les gouvernements par voie de motion de censure ou de démission était principalement axé sur le processus de pacification du pays, les inondations corollaire de la problématique de gestion des sinistrés et le limogeage par le chef de l’état du directeur de cabinet du premier ministre.

 

En réponse aux innombrables questions accablantes des parlementaires, le chef du gouvernement a présenté au nom de la notion ambiguë et non circonscrite de « secret d’état » des explications approximatives, évasives, laconiques et surtout avec un ton teinté d’une coloration colérique.

 

Cette énième rétention d’information sous couvert du « secret d’état » ne facilite pas la compréhension des parlementaires qui ne se contentent que du slogan du pouvoir « nous y travaillons ». Son discours liminaire s’assimile à un règlement de compte par voie de message qui semble s’adresser à de personnalités désignées sans être doigtées dans l’hémicycle. Le chef du gouvernement a officiellement confirmé les multiples violations des accords de Khartoum restées impunies nonobstant la campagne intransigeante des garants de la plateforme tripartite de l’ONU, l’Union Africaine (UA) et l’Union Européenne (UE).

 

S’agissant de l’inondation de la capitale et de certaines villes de province, nous faisons l’économie des manquements enregistrés et encourageons le pouvoir et les partenaires au développement de se mobiliser d’avantage en faveur des sinistrés.

 

Enfin, au lieu d’exposer les tenants et les aboutissants de la mission secrète de ses proches collaborateurs en Europe de l’Est, le chef du gouvernement s’est arrogé arbitrairement et maladroitement les pouvoirs du procureur de la république pour déclarer un « non lieu » synonyme d’un « classement sans suite » en affirmant en ces termes « il n’y a pas d’affaire ». Resté sur sa faim d’être éclairé par les explications du premier ministre, le citoyen lambda s’interroge :

 

Quelles sont les leçons ou morales tirées de l’interpellation du chef du gouvernement à l’assemblée nationale ? Lors de cette interpellation, le premier ministre a t-il convaincu les élus du peuple ? En citant à maintes reprises le président du MLPC parti allié de la majorité présidentielle dans ses propos, le chef du gouvernement rend t-il ce dernier comptable et co-responsable de leur bilan calamiteux ? Quand le premier ministre se dit « gêné et choqué » du limogeage de ses collaborateurs, quel est le message qu’il renvoie en filigrane au président de la république ? S’agit-il d’un désaveu ou d’une désapprobation du décret limogeant ses proches collaborateurs ? Quelle sera l’ambiance ou le climat qui règnera désormais entre les deux têtes de l’exécutif centrafricain ? Pourquoi la lanterne des députés n’a pas été éclairée sur les réalités de cette mission nocturne effectuée par les têtes pensantes du cabinet du premier ministre ?

 

A défaut de clairvoyance dans le dossier de la mission secrète des collaborateurs du premier ministre, n’est t-il pas opportun de mettre en place une commission d’enquête parlementaire conformément aux dispositions de l’article 89 de la constitution ? Fort de ce qui précède et en dehors de toutes considérations politiciennes, l’assemblée nationale se retrouve d’avantage fragiliser et impuissante car de cette interpellation, les élus de la nation ont seulement pris « acte » alors que les dispositions de l’article 94 du règlement intérieur de l’assemblée nationale impose une prise de position après l’interpellation.

 

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

Paris le 01 novembre 2019.

Bernard SELEMBY DOUDOU.

Juriste, Administrateur des élections.

Tel : 0666830062.