Centrafrique : Vers un bras de fer entre le gouvernement et l’église catholique á propos de la fête de l’indépendance ?

Cardinal Dieudonné Nzapalainga
Cardinal Dieudonné Nzapalainga

 

 

Centrafrique : Vers un bras de fer entre le gouvernement et l’église catholique á propos de la fête de l’indépendance ?

 

 

Le 1er décembre prochain, la République centrafricaine célébrera 60 ans de son indépendance. Au regard des derniers événements malheureux que le pays a connus ponctués par le massacre de Alindao où plus de 60 personnes ont été tuées dont des prêtres, l’église catholique a promis d’appeler au boycott de cette fête nationale du 1er décembre prochain. Dans la journée de ce lundi 26 novembre, une méga conférence de la Commission épiscopale centrafricaine (Ceca) qui sera animée en présence des autorités politiques et le corps diplomatique, servira de cadre á l’annonce solennelle de ce boycott.

« La Constitution de la République Centrafricaine du 30 mars 2016 stipule dans son article premier : ‘’ La personne humaine est sacrée et inviolable. Tous les agents de la puissance publique, toute organisation, ont l’obligation absolue de la respecter et de la protéger’’ », a relevé la Ceca qui souligne par ailleurs que suite aux événements malheureux et répétitifs qui ont endeuillé les familles centrafricaines depuis 2012 dont les derniers en date sont ceux de Bangui, Bambari, Batangafo et Alindao, la Ceca réunie en sa session extraordinaire du 24 novembre 2018, a pris des dispositions fermes qui se résume ainsi :

« Inviter les autorités politiques et administratives, le corps diplomatique, les représentants des institutions nationales et internationales, les hommes des media et la population centrafricaine, à une conférence de presse qui se tiendra le lundi 26 novembre à 9 heures à l’archevêché de Bangui, pour restituer la vérité sur les crimes inacceptables et odieux perpétrés contre les populations civiles. Ensuite, demander à ‘’l’Eglise Famille de Dieu’’ en Centrafrique, aux hommes et femmes de bonne volonté, par solidarité et dans le respect de la mémoire des victimes, de s’abstenir des festivités du 1er décembre 2018, en signe de deuil. Et enfin, décréter spécifiquement le dimanche 2 décembre 2018 comme ‘’journée de lamentations et de prière’’ en mémoire des victimes, dans tous les diocèses. Par conséquent, les quêtes impérées de ce dimanche, seront destinées aux survivants de ces massacres », peut-on lire dans le communiqué de la Ceca.

La réaction du gouvernement n’a pas tardé. Ange Maxime Kazagui, Ministre Porte-parole du gouvernement a fait, ce 25 novembre, une déclaration, dans laquelle il attaque l’appel au boycott de la fête nationale par la Ceca. « Le gouvernement est particulièrement sensible aux attaques ciblées contre l’Eglise catholique et qui ont entrainé la mort de deux Prêtres, et exprime par la même occasion, sa profonde solidarité avec l’Eglise qui a déjà payé par le passé, un lourd tribut depuis que notre pays a été plongé dans cette grave crise… », a-t-il déclaré avant de faire savoir que dans les circonstances actuelles qui menacent de replonger la RCA dans le chaos, le gouvernement appelle tous les acteurs, toutes les forces vives du pays à un sursaut patriotique et à se garder de toute action susceptible d’exacerber les tensions, et d’affaiblir davantage notre cohésion déjà mise à mal.

« … le gouvernement tout en renouvelant sa profonde solidarité avec les victimes et l’Eglise catholique en particulier, tient à rappeler à tous les compatriotes que la fête nationale ne devrait jamais être remise en cause mais plutôt être une occasion de renouveler notre pacte national, surtout dans des moments les plus graves où celui-ci se trouve menacé », martèle le Ministre Porte-parole.

La méga conférence de presse de la Ceca attendue dans la journée de ce lundi 26 novembre 2018, donnera le ton du bras de fer avec le gouvernement au sujet de cet appel á boycott de la fête nationale.