CENTRAFRIQUE : UN TOURNANT DANS LA CRISE ?

Publié le 29 avril 2018 , 6:24
Mis à jour le: 29 avril 2018 6:25

CENTRAFRIQUE :   UN TOURNANT DANS LA CRISE ?

 

 

 

Les anti-balaka.

 

 

Bangui, le 30 avril 2018.

Par : Joseph Akouissonne de Kitiki, CNC.

 

TROP PLEIN INQUIÉTANT DE PRÉTENDANTS

          Jusqu’à maintenant, les Centrafricains se sont entretués sans émouvoir grand monde dans la communauté internationale. La presse française est restée avare de commentaires sur les dérives sanglantes qui, depuis plusieurs années, ont soumis la population centrafricaine à un nettoyage ethnique et confessionnel. Les haines attisées de l’étranger ont détruit le « vivre ensemble » des citoyens. Chrétiens et musulmans, qui, jadis, vivaient en harmonie, se considérant d’abord comme Centrafricain sans mettre en avant leur appartenance religieuse, se déchirent dans des affrontements fratricides insupportables.

          La fracture de la société centrafricaine est profonde. Ceux qui, de l’extérieur, ont mis le feu à la savane, veulent condamner la République Centrafricaine à ne plus exister, afin de contrôler ses immenses richesses naturelles. Ce pays, que la presse occidentale se plaît à qualifier de pays le plus pauvre du monde, est, en fait, entre les mains de prédateurs qui lui sucent le sang pour se nourrir, au détriment des populations centrafricaines aux abois, condamnées à une pauvreté indicible.  

          Aujourd’hui, nous assistons à un trop plein de prétendants : Français, Russes, Américains, Chinois et autres se précipitent au chevet d’une Centrafrique moribonde pour lui promettre monts et merveilles, en lorgnant sur ses immenses richesses

          Les Occidentaux accourent. Les Chinois se précipitent. Les Américains proposent armes et équipements. A la demande du président Touadera, les Russes débarquent avec des fournitures militaires, des conseillers et des membres de leurs forces spéciales. Ce sont d’ailleurs elles qui assurent désormais la garde rapprochée de Touadera.

          Pour l’instant, méfiance. Les Centrafricains ne savent pas comment les Russes vont se comporter. Déjà, ceux qui sont cantonnés à Béréngo ne veulent pas consommer les produits locaux. Ce n’est pas seulement insultant : cela représente aussi un manque à gagner pour les producteurs locaux. Il ne faudrait pas que les autorités centrafricaines laissent les Russes donner libre cours à leur racisme, comme ils le font à Moscou à l’égard des étudiants négro-africains qui suivent un cursus universitaire et se plaignent du racisme ambiant.

 

NOUVELLE DONNE ?

Depuis l’arrivée des Russes sur le théâtre sanglant de la RCA, certains, qui considéraient le pays comme leur pré-carré, se sont sentis menacés. C’est ainsi qu’après avoir retiré prématurément leur force Sangaris, les Français envisageraient de revenir !

          Le 23 avril, on a appris que des militaires français s’étaient rendus à Bouar, leur ancienne base Leclerc, pour une possible réhabilitation. Fini de rire ! Ils ont mis en garde les ex-Sélékas : défense de marcher sur la capitale pour prendre le pouvoir. Cette fois-ci, les criminels de guerre et les auteurs de crimes contre l’humanité ne pourront pas se retirer avec armes et bagages dans les provinces, comme ils l’ont fait précédemment. Ils seront désarmés, de gré ou de force.

          De leur côté, les Russes ont contacté les ex-Sélékas par l’intermédiaire de l’ex-président, Michel Djotodia, qui, lui-même, parle russe. Ils leur conseillent fermement de rejoindre la table des négociations ; faute de quoi, ce sera l’affrontement.

          La renommée et l’efficacité des Russes n’est plus à démontrer.  La donne va, indubitablement, changer. Avec leur entrée dans la sinistre danse du scalp qui se déroule en ce moment en Centrafrique, c’est aussi la guerre froide est-ouest qui va être transposée dans ce pays déjà accablé par le chaos – quoi qu’en pense David Brownstein, de lambassade américaine à Bangui,  qui a intempestivement déclaré : « nous ne sommes pas en guerre froide avec les Russes en RCA.»

          Pour l’instant, certes. Mais attendons voir ! Il faudra, en effet, que les autorités centrafricaines redoublent de vigilance. Elles devront être capables d’attribuer des missions claires aux intervenants internationaux. A savoir : arrêter la rébellion, recouvrer l’intégrité territoriale du pays,  traduire les chefs rebelles devant la Cour Spéciale de Bangui et la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

           La crise centrafricaine est peut-être à un tournant. La nouvelle donne russe va certainement faire bouger les lignes. A telle enseigne qu’un grand quotidien français, le Monde pour ne pas le citer s’interroge : « Les Russes vont-ils prendre le contrôle de la Centrafrique ? » La République Centrafricaine va-t-elle réussir à tirer son épingle du jeu ?

 

  1. AKOUISSONNE DE KITIKI

(29 avril 2018)

 

Monsieur Joseph Akouissonne, l’auteur de l’article. Photo de courtoisie.