Centrafrique : tout ce bruit pour ça !

Une patrouille des forces de la Minusca à Bria, dans la préfecture de Haute-Koto. Crédit photo : Moïse Banafio/CNC.
L’ex-ambassadeur russe en Centrafrique et le conseiller russe du chef de l’État. CopyrightDR.
 

 

Bangui (République centrafricaine) – La République Centrafricaine n’est pas seule dans cette sortie de crise et nombreux sont les partenaires internationaux qui aident et le font savoir. Certains états se positionnent comme des amis de longue date qui détiennent LA solution pour une paix durable et un retour de la croissance au pays de Boganda.

Comme le dit l’adage « c’est ceux qui en parle le plus qui en font le moins ! », le titre de champion toutes catégories des beaux parleurs revient aux représentants de la Russie. Pour preuve, il ne se passe pas une semaine sans que la presse ne soit inondée d’articles qui font l’éloge de leur action. A ce niveau ce n’est plus de l’information c’est du matraquage médiatique !
Un jour c’est le rapprochement centrafricano-russe, le lendemain c’est le soutien indéfectible de la Russie et le surlendemain c’est l’incontournable accord avec les russes. Le volume est tellement élevé que l’on entend plus la musique des autres nations et ONG qui agissent sur le terrain. Mais tout ce bruit pour quoi exactement ? Que fait réellement la Russie pour la Centrafrique ? Et surtout qu’elles sont ses véritables intentions ? Tant d’agitations donnent le tournis au point de perdre l’équilibre et de ne plus y voir très clair. Faisons un point.

La Russie a donné des fusils et des munitions à nos FACA. Ce ne sont pas les seuls mais il ne se passe pas un jour sans que le rappel sonne, histoire de bien faire sentir aux Centrafricains que nous sommes redevables. Mais ce don n’est-il pas l’arbre qui cache la forêt, le cheval de Troie qui a imposé la venue des mercenaires de la Wagner ? Car, dans sa grande bonté, la milice privée russe assure le service après ventes pour former nos FACA à l’utilisation des dits fusils. Là encore, on nous rappelle chaque jour que les mercenaires de Bérengo forment les soldats centrafricains comme personne, en occultant au passage que tous ces soldats sont déjà passé 4 à 6 mois dans les mains d’EUTM où ils ont déjà appris à se battre. Mais alors pourquoi ces guerriers venus des plaines de la Volga, équipés des derniers fusils d’assaut de l’arsenal russe, sont-ils aussi nombreux ? Est-ce parce qu’ils sont aussi déployés en province aux côtés des entreprises minières russes en plein territoire rebelle ? Le volet militaire de l’assistance russe ne serait qu’un leurre pour l’exploitation de nos ressources ? En effet, il ne faut pas occulter le pendant économique qui se résume à l’exploitation des mines de diamants facilitée depuis peu par l’omerta sur la présidence du processus de Kimberley par la Russie. Quelle heureuse coïncidence ! Et pour ceux qui se posent la question, sachez qu’il n’y a rien d’autre, pas un rouble sur la table pour faciliter la reprise économique ou encore le processus de paix. Accord de paix nécessaire certes mais précipitamment voulu par la Russie. Peut-être pour faciliter le déploiement de ses mercenaires sur le territoire diamantifère ? Il faut bien rentabiliser l’investissement. Bizarrement il n’y a pas de note sur cette partition… Reste le volet humanitaire qui fait l’objet de beaucoup d’interrogations compte tenu du rabâchage systématique par les journaux et radios sponsorisés par la discrète société Lobaye, qui n’a de centrafricain que le nom. Là encore de la poudre aux yeux avec le don de quelques jouets durant la période de Noël. Sachant que des experts russes sont à Bangui pour évaluer les besoins prioritaires des Centrafricains, il est évident que la priorité des priorités pour les enfants, avant de manger à sa faim, d’être soigné et scolarisé c’est de sauter sur un trampoline !

Mais rassurez-vous fils et filles de Centrafrique, les experts russes sont là pour guérir tous les maux du pays. Du moins c’est ce qu’ils clament haut et fort ou ce qu’ils font clamer par ceux qu’ils rémunèrent pour ça !

Et lorsqu’il s’agit d’enquêter sur le terrain pour mieux cerner les véritables intérêts de la Russie, il se trouve que des groupes d’hommes armés non identifiés coupent court aux investigations, même lorsqu’il s’agit de journalistes russes… mais ceci est une autre histoire.

 

Adama Bria

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