CENTRAFRIQUE : QUAND UNE SIMPLE PHOTOGRAPHIE PRISE AU CAFÉ DE LA PAIX À PARIS PERTURBE LA TRANQUILLITÉ DU POUVOIR DE BANGUI.

Publié le 27 septembre 2019 , 5:30
Mis à jour le: 27 septembre 2019 5:30

 

 

 

Bangui (République centrafricaine) – Les leaders ou ténors de l’opposition centrafricaine, membres respectifs de la naissante plateforme « E zingo biani »se sont rencontrés dans un célèbre café parisien dénommé « café de la paix » sises à la place de l’Opera dans le 9ème arrondissement de Paris.

 

Cette rencontre politique, non loin d’être fortuite a été immortalisée par une image photographique remplie de messages de propagande et digne de pré-campagne électorale. L’ordre du jour non publié de cette réunion ne peut porter sur autre chose que la situation socio-politique de la Centrafrique et plus particulièrement sur les prochaines échéances électorales. Cette banale photo publiée sur les réseaux sociaux a soulevé de vives polémiques et des interrogations dans la classe politique au point de vaciller le pouvoir central de Bangui.

 

Au delà de cette myriades de polémiques, cette image photographique a visiblement volé la vedette et par voie de conséquence a fait un grand ombre aux séjours du Président de la république au 74ème session de l’assemblée générale des Nations-Unies à New-york sur les enjeux climatiques.

 

Animé par le souci de comprendre la légitimité et la quintessence de cette énième polémique, le citoyen lambda toujours curieux s’interroge :

 

Cette photographie aussi banale vaut-elle le tableau de Picasso pour une solennelle exposition au musée du Louvre à Paris ? La paix tant souhaitée par le peuple centrafricain réside t-elle dans ce café parisien ? Choisir un café aux enseignes de la paix relève t-il de la provocation politique ? Au delà des en-dessous de la polémique, pourquoi insinuons-nous en filigrane un potentiel complot de la France à travers cette photographie ? Quelle sera l’autre interprétation politique donnée si cette photographie était prise dans une autre capitale occidentale ?

 

Par ailleurs, au delà de toutes conspirations politiques ou électorales, en quoi l’ordre du jour de cette réunion intéresse t-il le pouvoir ? Se référant aux dispositions statutaires, est-il interdit aux leaders politiques de l’opposition de se rencontrer autour d’un café et de débattre des maux qui gangrènent notre pays ?

 

En outre, se rencontrer ou se rassembler dans un café est-il systématiquement synonyme de coalition ? A l’issue de cette rencontre, peut-on parler d’une potentielle harmonisation synergique de stratégies pour combattre efficacement le pouvoir ? S’achemine t-on vers une candidature unique de l’opposition aux prochaines échéances électorales ?

 

Dans l’affirmative, pourquoi une candidature unique de l’opposition n’est jamais possible en Centrafrique ? Paradoxalement aux messages diffusés en filigrane par cette photographie, nous tenons à rappeler à l’opinion nationale et les observateurs avertis de la vie politique centrafricaine que les visions politiques des différents acteurs de l’opposition sont diamétralement opposées. N’oublions pas que les deux frondeurs devenus opposants et qui ont servi ce pouvoir à de hautes fonctions politiques étaient des alliés du pouvoir. Ils avaient gaillardement délaissés le malheureux candidat au deuxième tour du scrutin présidentiel qui n’a pas encore à ce jour digéré sa défaite.

 

L’équation de la coalition est extrêmement difficile, complexe et relève même de l’utopie voire de l’hypocrisie. Il est évident qu’en matière de politique, « tous les coups sont permis » mais à quel prix ? La dynamique unitaire est visiblement fragile. Quant à la ténébreuse théorie de coup d’état entretenue par certains polémistes, nous leur rappelons que cette épreuve est révolue et remettra en cause par voie de conséquence nos acquis démocratiques payés au prix du sang du peuple.

 

L’absence de l’ancien Président de l’assemblée nationale dans l’hémicycle et son long séjour en France pour des raisons médicales fait de lui un potentiel putschiste ou un fossoyeur de la république ? Pour finir et en guise de conclusion, nous reconnaissons à travers cette épisode le pouvoir dévastateur de la photographie qui est un outil indispensable de la communication politique. En conséquence de ce qui précède, nous rappelons humblement à la classe politique centrafricaine (majorité présidentielle et opposition) que l’ennemi de la Centrafrique est ailleurs…alors, unissons-nous pour le combattre efficacement.

 

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

Paris le 27 septembre 2019.

Bernard SELEMBY DOUDOU.

Juriste, Administrateur des élections.

Tel : 0666830062.