CENTRAFRIQUE : POURPARLERS DE KHARTOUM, DERNIER ROUND DE L’ESPOIR POUR LA PAIX ?

Publié le 28 janvier 2019 , 12:26
Mis à jour le: 28 janvier 2019 12:26
dialogue inter-centrafricain à Khartoum au Soudan
Credit photo : Minusca

 

 

CENTRAFRIQUE : POURPARLERS DE KHARTOUM, DERNIER ROUND DE L’ESPOIR POUR LA PAIX ?

 

 

POURQUOI KHARTOUM ?

         L’augmentation drastique du prix du pain décidée par le gouvernement du président Omar El Bachir a jeté des milliers de Soudanais dans les rues de Khartoum. Ces manifestants pour une justice plus sociale sont même allés jusqu’à réclamer la démission du chef de l’État. Depuis, les troubles ne cessent de s’amplifier.

         Tenir une réunion en vue de pourparlers de paix dans une ville en proie au chaos n’est-il pas un non sens ? De plus, dialoguer à propos du drame incommensurable vécu par les Centrafricain exige un cadre serein. C’est pourquoi le choix d’une autre ville africaine aurait été hautement préférable.

         Pourquoi Khartoum ? Pourquoi pas Bangui, capitale du pays concerné par les pourparlers ? Les Centrafricains auraient été alors, de gré ou de force, associés de près à des négociations qui engagent l’avenir de leur pays.

L’ESPOIR  MALGRÉ TOUT ?

         Que le bon sens, tapi dans l’âme des négociateurs de Khartoum comme dans le cœur de tout être humain, puisse prévaloir et triompher, afin d’ouvrir une voie d’espoir pour la Centrafrique ! Puisse-t-il vaincre la malédiction qui accable le pays de Boganda depuis trop longtemps ! Puissent les souffrances inacceptables et récurrentes du peuple auquel ils appartiennent inciter les rebelles à abandonner les surenchères ! Puissent les Français et les Russes cesser de polluer des débats porteurs d’espoir qui sont l’affaire des seuls Centrafricains !

         Malheureusement, la soif des matières premières et des tendances impérialistes ont poussé les Russes à encadrer une faction des ex-Sélékas avant les pourparlers cruciaux du jeudi 24 juin à Khartoum. Nous avons appris avec stupéfaction que les trois principaux chefs de la coalition rebelle : Nourredine Adam, du Front Patriotique Centrafricain (FPRC), Mahamat Alkatim, du MPC et Ali Darassa, de l ’UPC, avaient préféré se rendre à Khartoum à bord d’un avion affrété par les Soviétiques, plutôt qu’utiliser celui que la MINUSCA mettait à leur disposition.

         La guerre froide se poursuivrait donc même pendant des négociations de paix ? Ce n’est pas bon signe. Si les Occidentaux et les Soviétiques poursuivent dans l’ombre leur guerre d’influence, il est à craindre que les pourparlers ne finissent au fond du Nil. Car un parfum de manipulation flotte sur Khartoum. Les Russes semblent avoir choisi de jouer double jeu : alors qu’ils dispensent une formation aux FACAS et assurent la protection rapprochée du président Touadera, ils n’hésitent pas, dans le même temps, à prendre langue avec les ex-Sélékas pour se positionner au cas où le pouvoir viendrait à changer de mains.

         Quant aux Français, confrontés à leur propre rébellion. (LES Gilets JAUNES) semblent hors-jeu. Réduits à proclamer des déclarations lénifiantes sur la Centrafrique, qu’ils n’ont pas pu empêcher de devenir la tête de pont de l’influence soviétique en Afrique.

         Il ne faudrait pas que la recherche de la paix en Centrafrique ne relance une sorte de guerre froide.

L’ABSENCE DU PEUPLE CENTRAFRICAIN

         Au vu des délégations, on constate, avec regret, une non-représentation criante du vrai peuple centrafricain, devenu invisible depuis des lustres. On note, au contraire, une pléthore de personnalités, de politiciens et de représentants de la société civile.

Est-ce qu’il n’aurait pas été légitime de désigner des chefs de villages, appartenant à des provinces meurtries, pour entendre leur colère, pour qu’ils puissent dire leur martyre et les souffrances infligés par les ex-Sélékas à leurs populations désarmées, laissées sans protection par un gouvernement impuissant réfugié à Bangui ? Ces représentants du citoyen lambda centrafricain auraient pu être porteurs des délibérations pleines de bon sens du FORUM de Bangui. Pour la réussite de ce énième dialogue de la paix, il est impératif d’y inclure les doléances du peuple centrafricain.

LE TETE-A-TETE GOUVERNEMENT REBELLES

         D’un côté, un gouvernement impuissant devant les périls, lassé des multiples et vaines tentatives pour établir une paix durable et aboutir à une réconciliation nationale. De l’autre, une coalition, les ex-Sélékas, qui veulent le pouvoir, tous les pouvoirs. Et qui, surtout, négocient d’arrache-pied avec la Russie et la France leur impunité pour leurs crimes de guerre et leurs crimes contre l’humanité.

         Il ne faudrait pas qu’à cause de cette configuration, un compromis criminel triomphe au détriment du peuple centrafricain. Ce que veulent, désespérément, les populations martyrisées et sinistrées, c’est que justice leur soit rendue. Une justice sans faiblesse, pour éviter que la République Centrafricaine ne retombe dans le chaos.

         L’intrusion des puissances exogènes n’arrange rien. Leurs intérêts sont à l’opposé du désir de paix des Centrafricains. Elles ne sont animées que par un néocolonialisme et un impérialisme qui ne disent pas leur nom. Si la République Centrafricaine, « pays le plus pauvre entre les pauvres » comme on dit, les attire comme le miel attire les abeilles, c’est bien pourtant en raison de ses immenses potentialités minières.

         Il est à craindre que les autorités légitimes de Centrafrique ne deviennent des marionnettes dans leurs mains. Le transfert, qui se fait dans l’ombre, de la guerre froide est-ouest au cœur des pourparlers de Khartoum est un élément néfaste, qui risque de compromettre l’issue des négociations.

         Si, parmi les ex-Sélékas, on peut compter de vrais Centrafricains, qui aiment leur pays et veulent assurer la sécurité de leurs compatriotes, qui sont animés par une véritable quête de la paix, on doit leur demander de déposer leurs armes à la porte de la salle de réunion. Ils doivent demander pardon à leur peuple. Ils doivent se repentir.

         Il n’est pas question pour le peuple centrafricain de subir une double peine : accepter l’impunité et partager le pouvoir avec leurs bourreaux.

PS : Les Antibalakas avaient, dans un premier temps, refusé de participer aux pourparlers de Khartoum en signe de protestation : en cause, l’arrestation par la France de l’un de leurs chefs, Ngaissonna. Ils l’avaient jugée injuste et choquante. A la suite d’une médiation, ils sont enfin revenus sur leur décision.

         Est-il acceptable que l’on s’acharne sur les vrais patriotes que sont les Antibalakas, alors que les bourreaux de l’ex- Séléka côtoient leurs victimes à Bangui et viennent se pavaner à Paris sans être inquiétés ? Est-ce parce que leurs factions contrôlent 80% du territoire riches en matières premières ?

JOSEPH AKOUISSONNE DE KITIKI

(28 janvier 2019)

 

 

 

 

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