Centrafrique: l’ignominie d’une crise politique sans Politiques, c’est utopique

Publié le 26 juin 2014 , 9:12
Mis à jour le: 26 juin 2014 9:12

Par Jean-Gualbert TOGBA

 

Ils l’ont fabriquée, ils l’ont programmée, ils l’ont exécutée selon un cahier de charge crapuleux et sordide, cette crise centrafricaine qui a entraîne le pays dans la crotte, par des mafieux hétéroclites au sein d’une organisation criminelle appelée la Séléka coptée par une poignée de traites se réclamant de la classe politique mais qui en réalité avaient la même visée que leurs associés criminels, à la dévotion d’une satisfaction égoïste. Et voilà, pendant que la Centrafrique vit une situation de désolation à émouvoir même une pierre, les troupes françaises font leurs bagages, repartiront comme elles sont venues, laissant derrière elles une situation humanitaire, sécuritaire et politique de marbre.

 


© Jean-Gualbert TOGBA
Jean-Gualbert TOGBA, centrafricain
La Centrafrique se retrouve avec une transition ficelée comme un saucisson pris entre le marteau et l’enclume. De la communauté internationale qui impose sa vision et ses règles, une population désabusée qui ne comprend pas le pourquoi de tous ces massacres et une organisation criminelle agresseur qui narguent, mettant la communauté internationale et les autorités de transition à genoux. Quant on voit des ministres de la République officient des réunions publiques des groupes criminels et portent leurs voix, on a du mal à croire, soutenir cette transition et peut que leur demander des comptes. Ce qui explique dans l’ensemble les mesures prônées par le gouvernement ne trouvent point d’écho et sont perçues provocatrices et non crédible. Au lieu de faire compliquer, qu’il faille déjà nettoyer dans sa maison. En face d’une Séléka baroque qui joue au maître chanteur, les autorités de la transition vacillent sous cette mélodie calamiteuse et apparait plus jamais comme un oiseau sur une branche molle, prête à s’envoler au moindre coup de vent.

L’heure est venue de recadrer les choses politiquement pendant qu’il est encore temps en prenant en considération les éléments déstabilisateurs qui se sont accumulés et sur lesquels la Séléka en a fait son chou gras. Oui personne n’est dupe et nous savons que les autorités de la transition n’ont aucun moyen de leur politique, les promesses d’aide ne sont pas tenues et c’est pour cette raison qu’il fallait dénoncer et partir dans l’honnêteté la tête haute et les mettre devant les faits. Crier à tout va au dialogue national au moment même où il faut donner la voix au désarmement, à l’élimination des groupes armés voir même physiques s’il le faut pour des besoins de sureté et d’intégrité nationale, est le signe patent que la transition n’a plus rien à proposer et est à bout de souffle, que la communauté internationale assiste sans se mouiller. Il ne s’agit pas de faire quelques désarmements isolés des individus mais de décréter un désarmement forcé afin de libérer toutes les régions des groupes armés.

Est-ce que la vie de ces dizaines des responsables criminels qui ont initié cette crise de tuerie gratuite vaut plus que la vie de million des centrafricains massacrés ? Est-ce les intérêts qu’ils défendent sont supra-étatiques?

Si la transition est dans un cul de sac ce n’est pas à cause de la personnalité des hommes et des femmes qui la composent, moins, à cause de leur manque de professionnalisme ou de leur degré de connaissance ou encore d’un manque de patriotisme mais c’est parce qu’elle marche en solitaire, elle fait cavalier seul face une situation qui a besoin d’un large consensus.

 


© Jean-Gualbert TOGBA
Jean-Gualbert TOGBA, centrafricain
À César ce qui est à César. Aux politiciens, la politique
Il y a un temps d’observation, il y a un temps pour parler et il y a un temps pour agir. Nous savons que par l‘infamie de quelques abroutis de la République, des milliers de centaines de pauvres innocents centrafricains ont été massacrés. Mais nous savons aussi que par la bravoure et l’engagement d’autres, la Centrafrique peut trouver une voie de sortie de crise pour sauver encore ce qui peut être sauvé. Tout est possible pour que la Centrafricaine puisse renaître de sa cendre sauf, faire le compromis avec des groupes terroristes. Et c’est ce que nous attendons des vaillants hommes et femmes qui vont rentrer sur la scène politique pour la survie de la Centrafrique.

La Centrafrique est dans l’impasse parce qu’il y a un vide politique dans une crise absolument politique. Et s’il y a un vide politique c’est parce que l’ancienne classe politique a passé des accords avec des groupes armés, se sont confondus en eux, jetant l’opprobre sur toute la classe politique qui peine à s’organiser et qui peine à se mouiller comme il se le doit sans que l’on leur prête des intentions malsaines. Ce qui est compréhensif.

C’est dans quel pays au monde où dans une crise de cette ampleur, que la classe politique toute entière soit disqualifiée et on s’étonne après d’un résultat décevant. Que la subordination de la classe politique centrafricaine s’affranchisse de la médiocrité, de l’incompétence et du manque d’engagement politique et qu’elle soit au cœur de la résolution de cette crise.

Madame la Présidente de la transition et son Premier Ministre ne doivent pas ignorer l’absence de l’aspect politique nationale les affaiblissant devant la pression et la demi-mesure de clairvoyance de la communauté internationale dans le dénouement de cette crise. Ils doivent s’entourer des Forces Nouvelles Politiques pour donner une résonance politique afin de faire bloc avec l’ensemble de la population pour parler d’une seule et même voix. Si cette crise perdure c’est dû à l’absence du volet politique mis en berne, un volet politique qui doit être réactivé et appuyé par la communauté internationale et non l’inverse comme c’est le cas présentement où, la communauté internationale propose, décide et dispose pour que les autorités centrafricaines disent Amen, même si celle-ci demeure la principale source de financement qui après tout n’est pas une dîme ou une offrande. Y’a un prix à payer.

Enfin, parler du dialogue national. Pendant que la population se vide et se refugie sur son propre sol est une chose insensée. Dialoguer sous les menaces des armes pour dire quoi et aboutir à quoi ? Armistice, des accords de non poursuite, des postes ministériels, des avantages en nature. Ce n’est pas une priorité et l’inopportunité d’une telle initiative. L’expérience passée des différentes formes de dialogue rend sceptique à la tenue d’un dialogue. Encore un calcul de trop, de tentative de positionnement de la part de certains, de diversion pour camoufler un échec de désarment pour d’autres. Si dialogue national devrait avoir lieu, les acteurs seront la population, première victime et qui a tant de chose à dire après l’humiliation endurée, une fois que le désarmement forcé de tous les groupes armés sera effectif.

Se lancer dans cette voie, c’est s’embourber avec une complication de plus, dans une situation déjà chaotique qu’il faudrait bien négocier une sortie de crise appropriée, en prévision du future et non du présent seulement. Une solution radicale qui non seulement doit régler le problème du moment en déracinant le mal et non en le cachant ou juste le couper, mais surtout de façon à l’éradiquer pour qu’il ne revienne pas au grand galop pour produire les mêmes effets, même s’il faut le répéter autant des fois que c’est nécessaire au risque de déranger.
Car rappelant-le, la crise que vit la Centrafrique est la conséquence de l’impunité, un fléau national depuis une décennie. NOS COMPATRIOTES NE SONT PAS MORTS POUR RIEN.

La classe politique doit s’inviter dans la crise et obstruer l’espace politique afin de donner leur grain à moudre. J’ose croire qu’elle a le sens de la responsabilité, du combat politique et elle doit reconquérir ce qui lui appartient.

Arrêtant l’ignominie d’une crise politique sans les Politiques, c’est de la pure fiction.
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