Centrafrique : lettre ouverte de Monsieur Orphée DOUACLE KETTE aux Députés centrafricains.

Publié le 21 mai 2019 , 7:11
Mis à jour le: 21 mai 2019 7:11
Les députés centrafricains dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale à Bangui.

 

 

 

Orphée DOUACLE KETTE

2, rue Léonor Fini

51450 Bétheny

Tel : 0033616507362

Mail : orpheedouaclekette@protonmail.com

Twitter : @ODouacle

 

 

Aux députés Centrafricains

Assemblée Nationale

P.O. Box 1003 – Bangui

 

 

Objet : Interpellation

 

 

Mesdames, Messieurs les Élus de la Nation,

 

Vous venez d’accorder votre confiance au gouvernement issu de l’Accord de Khartoum. Cela suppose que vous êtes amplement en phase avec cet Accord et sa philosophie. Il suppose également que l’alerte citoyenne pour dénoncer l’anti constitutionnalité de cet accord ne vous pousse pas à comprendre véritablement les ressorts de cette alerte. Permettez que j’expose rapidement quelques éléments que cet accord  induit : le commandement militaire que les étrangers y accèdent et par ricochet la chaîne pénale. Non seulement les étrangers ; également cela  fait de tous nationaux rebelles, des personnes respectables à responsabiliser car détenteurs illégaux d’armes de guerre.

 

Mesdames et messieurs les députés, l’histoire nous enseigne que les drames de ce monde ont survenu après une accumulation de faits malheureux que les hommes ont refusé de prendre leur responsabilité par manque de conviction, par couardise, par égoïsme ou encore par cupidité.

 

Nulle illusion sur votre capacité d’action ou de réaction ; toutefois chez nous, il est dit : « ngou a goué lo oko a ba »… Le parlement a pour rôle principal de contrôler les actions du gouvernement. Voilà le nœud de cette interpellation. Une question à brûle pourpoint, qu’allez-vous laisser comme action salutaire dans la construction d’un État de droit en Centrafrique ? Votre législature est celle de silence complice, avalisant tout ce qui est contraire à l’honorabilité ?

 

Persuadez-vous de cette réalité tue depuis lors. En 1999, à travers l’affaire dite « Koudoufarra », la RCA a été sevrée de sa première cohabitation démocratique. Cela a ouvert les vannes des drames qui s’enchaînent sans véritable répit. Et cela a été l’acte de l’un de vos illustres collègues ou prédécesseurs. Aujourd’hui encore, les faits qui s’accumulent en RCA poussent inexorablement le pays aux bords du précipice de la dislocation ou de la balkanisation, car la corruption et la vilenie gangrènent davantage le pays RCA.

 

Pour autant, des missions dévolues par vos fonctions d’Élus de la nation, si elles étaient remplies -même au minimum – pourraient peser fortement pour que ces maux se réduisent concrètement. Mais votre silence et inaction contribuent à la chienlit. Sachez-le, chers députés, que l’Histoire retiendra de vous comme pouvant réorienter la direction du pays sans jamais l’avoir essayé. Cette fois ne comptez sur l’amnésie habituelle ; surtout après ces multiples drames vécus…

 

Nous nous permettons de vous rappeler des incidents plus ou moins graves dont vous avez manqué de vigilance pour demander des explications au gouvernement dans une moindre mesure ; et voire à notre partenaire la MINUSCA plus largement. Dans une législature courageuse et patriotique, ces événements devraient occasionner la mise en place des commissions d’enquêtes parlementaires pour mieux repartir les responsabilités dans ces différents drames effroyables connus et vécus lâchement.

 

– Opération de la Minusca au Km5 (3ème arrondissement de Bangui) ;

– Tuerie à Fatima (6ème arrondissement de Bangui) ;

– Incendie et tuerie à Alindao (Basse-Kotto) ;

– Incendie et tuerie à Batangafo (Ouham) ;

– Incendie et tuerie de Kaga-Bandoro (Nana-Gribizi) ;

– Interpellation d’un membre du contingent Gabonais en train de vendre des munitions de guerre au Km5 (Bangui) ;

– Véhicule d’un sous-traitant de la Minusca transportant de la drogue et des munitions de guerre sans être déclaré ;

– Tuerie de Zangba intervenant après l’Accord « supranational » de Khartoum

– Expulsion sans décision de justice des faussaires Camerounais dans des conditions opaques ;

– Pénurie d’eau potable ;

– Délestage intempestif sans explications et/ou solutions

– Exploitation minière sans respect des cahiers de charge (existent-ils réellement?) à Sosso-Nakombo et Bozoum. Pis, ces contrats ont-ils été débattus à l’Assemblée tel que prévu par la Constitution ?

 

Ces quelques événements non exhaustifs n’ont fait l’objet d’une attention quelconque de votre. Votre manque de réaction comme Élus de la nation a contribué à la perpétuation de ces différents maux. Et cela, majorité présidentielle et opposition confondues.

 

Mesdames et messieurs les députés, il est dit : « On ne s’appuie que sur ce qui résiste ». En ces moments troubles, la République doit résister. Le parlement est ce pieu qui résiste et que le peuple devrait s’y appuyer. Votre mollesse et passivité annonce des heures sombres pour le pays. Au nom de B. Boganda, votre illustre prédécesseur, résistez pour le peuple et non de vous courber pour un pouvoir.

 

Ainsi, prenez l’initiative, même que pour les 4 derniers événements, de mettre en place des commissions d’enquête parlementaires. Aussi que la commission des lois de votre institution se saisisse de la constitutionnalité de l’Accord de Khartoum. Ce, pour mettre le pays dans une dynamique de gouvernance appréciable, véritable rempart à ce dépérissement actuel.

 

Le sursaut de la République dépend de votre degré de patriotisme. Ne laissez plus seul l’Exécutif décider de tout, parce qu’il ne doit tout décider et parce qu’il est dépassé obéissant seulement aux intérêts immédiats, ou tout au plus, pour faire un second mandat.

 

Très chers Honorables les députés,  sachez-le, on « tripatouille » plus facilement les élections présidentielles que les législatives. Votre second mandat dépend des faits… Et les vôtres ne sont à la hauteur ni des enjeux encore moins de la souffrance et de l’espérance de la population.

 

Qui s’assemble se ressemble ? Faites-nous mentir en prenant vos responsabilités pour dénoncer les vilenies et bassesses comme nous le faisons en vous interpellant. Interpellez le Premier-ministre, interpellez les ministres. C’est votre droit. Exercez-le pleinement…Il se dit chez nous : « Pembé ti moléngué ayekè fah mais lé ti lo apè ». Mieux vaut tard que jamais.

 

Votre compatriote M. Douaclé Ketté

Bethény, le 05 mai 2019