CENTRAFRIQUE : LES SYMPTÔMES CLINIQUES DU DÉCLIN DÉMOCRATIQUE D’UN POUVOIR VIRTUEL ET COLLABO…

Publié le 21 juin 2019 , 6:57
Mis à jour le: 21 juin 2019 6:57
Monsieur Bernard Selembi Doudou. L’auteur de l’article. Photo courtoisie.

 

 

Les élections groupées de 2015 ont redonné une lueur d’espoir à un peuple meurtri nonobstant les conditions peu crédibles du scrutin. Le nouveau président souverainement élu par le peuple a prêté serment et s’est vite attelé à la mise en place des institutions républicaines prévues par la constitution du 30 mars 2016. L’élu de la nation semblait déterminer à œuvrer pour répondre aux aspirations de ses concitoyens.

 

La jeune démocratie centrafricaine encore fragile a bien pris son envol au prix du sacrifice de toutes les couches de la société sans oublier l’appui multidimensionnel de la communauté internationale.

Le peuple centrafricain commençait à rêver de vivre la notion de la démocratie dans la plénitude de sa bonté c’est à dire le respect des libertés fondamentales, la séparation effective de pouvoir telle que définie par Montesquieu, l’égalité de tous les citoyens devant la loi ou la non-discrimination telle la devise des États Unis, le libre choix des représentants du peuple au suffrage universel qui confirme la souveraineté du peuple et enfin, l’acceptation de l’alternance politique dans le respect des dispositions constitutionnelles.

 

L’état de grâce c’est à dire la période qui suit l’élection pendant laquelle l’opinion publique est majoritairement favorable aux décisions de l’élu est caractérisé par une forte chute de popularité du président de la république qui peine à restaurer la paix et la sécurité qui sont les leviers axiaux de tout développement.

 

Au delà de l’autosatisfaction euphorique devenue virale et même à bout de souffle, ce pouvoir en perte de repères et d’identité multiplie des comportements dictatoriaux calqués sur le modèle stalinien avec l’impuni entretien d’une milice privée dénommée les « Requins ». Ces derniers n’hésitent pas à donner la mort à tous ceux qui osent contredire leur mentor et cela sous le regard interrogateur des représentations diplomatiques accréditées en Centrafrique.

 

S’agissant de la milice privée du pouvoir, il est important de rappeler qu’en l’absence de véritable programme politique, le célèbre slogan promotionnel des accords de Khartoum comme solutions à la profonde crise s’éclipse progressivement au profit du duel du siècle opposant les « Requins » à la plateforme politique « E zingo biani ».

 

Par ailleurs, on peut sans gêne affirmer qu’avec la déréglementation ou le changement climatique que des Requins inoffensifs peuvent sévir dans les eaux douces de l’Oubangui. En outre, le président de la république et son gouvernement ne cessent de s’illustrer dans le mensonge d’Etat ainsi que la corruption de hautes institutions étatiques au rang desquelles l’assemblée nationale et la haute cour constitutionnelle.

 

Ce sudoiement permanent qui constitue la lance de fer de la politique des autorités empêche les dites institutions de jouer délibérément et pleinement leur rôle dans l’intérêt du peuple et surtout de façon impartiale. A cela s’ajoutent les chaînes de violations flagrantes de la constitution, la confiscation des médias d’Etat au profit de ses sbires, la volonté délibérée de museler l’opposition politique ou les forces vives de la nation et surtout le président de la république s’est rendu coupable de crime de haute trahison en nouant une alliance politique contre nature avec les bourreaux du peuple en vue de satisfaire sa soif de réélection aux prochaines échéances électorales.

 

La goutte d’eau qui a débordé le vase est la bastonnade et l’arrestation musclée des leaders politiques, la mise en garde à vue précédée de la sévère violence infligée aux organes de presse y compris les correspondants étrangers. Effaré et apeuré le citoyen lambda s’interroge sur l’avenir d’un pouvoir qui a désacralisé la mort et les valeurs humaines :

 

Qu’est-ce qui explique ce brusque déclin démocratique avec des conséquences incommensurables sur le processus électoral en cours ? Considérant l’actuelle baromètre politique qui ne cesse de se dégrader, quelles sont les institutions qui sont prêtent pour aider la Centrafrique à financer les opérations électorales ? Le suffrage universel donne t-il le droit au président de la république de faire tout ce qui est interdit ? Avec le mépris, corollaire du manque de confiance des citoyens, ce pouvoir peut-il encore solliciter sans honte le suffrage du peuple ? Peut-on véritablement concevoir une démocratie sans le peuple ou en le bâillonnant ? Ces derniers événements constituent-ils des symptômes cliniques de fin de cycle d’un pouvoir qui peine à monter en puissance ? Ces différents comportements dictatoriaux militent-ils en faveur de l’éventuelle levée de l’embargo sur les armes ?

 

Ces différents questionnements associés au moment où l’Agence Nationale des Élections rend officiel l’hypothétique chronogramme électoral avec une forte probabilité de glissement du calendrier électoral laissent entrevoir de sérieux doutes sur la capacité des autorités à relever les défis qui s’imposent.

 

De l’état virtuel à l’état illégitime, l’écart temporel risque de préparer le lit d’une crise socio-politique d’envergure avec des escalades de violences. Au delà de toutes considérations et en vue de stopper la spirale de violences, nous invitons humblement le président de la république de s’investir personnellement en prenant de mesures d’apaisement en vue d’enrayer les velléités criminelles de sa milice au risque d’une quelconque récupération politique ou militaire.

 

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

Paris le 21 juin 2019.

Bernard SELEMBY DOUDOU.

Juriste, Administrateur des élections

Tel : 0666830062.