Centrafrique : Le Mouvement des Cœurs Unis

Publié le 11 décembre 2018 , 8:15
Mis à jour le: 11 décembre 2018 8:15
Monsieur Robert Enza
Monsieur Robert Enza, l’auteur de l’article. Photo de courtoisie.

 

 

Centrafrique : Le Mouvement des Cœurs Unis

 

Le Mouvement des Cœurs Unis pour sa constitution, a rassemblé plusieurs représentations des forces vives du pays. Et le moins qu’on puisse dire, il serait difficile de l’analyser à un parti politique traditionnel vu l’ossature de son organe existentiel très charpentée et contextuelle. Mais plutôt à un point où les citoyens se retrouveraient et se mêleraient comme pour se fondre dans un creuset, un espace de dialogue politique et social, autrement.

 

Mais c’est la forte présence à l’appel du mouvement qui interpelle. Jusqu’où le MCU pourra pousser le bouchon très loin pour arriver à une transformation de la société. Car c’est par l’éducation et la formation aux pratiques de la démocratie et aux comportements républicains, au savoir-vivre et au savoir-être que l’on reconnaît la maturité d’un peuple.

 

On ne peut qu’évoquer de façon apologique ce qui a eu lieu lors des travaux de la constitution du mouvement des cœurs unis : une fraternité, même s’il n’en existe certainement pas. Beaucoup de regards se sont croisés et il y a même eu des poignées de mains. Mais cette rencontre fut-elle sincère ou pas?

 

Evidemment, il doit y avoir un “mais” après cette description aussi flatteuse de ce rassemblement, surtout lorsqu’il s’agit d’une société plongée dans un conflit national aussi grave, plus de cinq (5) années, et ayant désaffecté toutes les relations et cuirasser les clivages ethniques et égoïstes déjà existants.

 

Dans notre pays, il faut être désormais saisi par quelque chose qui est une réalité sociale. L’idée de considérer qu’il existe deux peuples : la minorité musulmane et les autres majoritaires appelés globalement chrétiens ; l’identité nationale de chacun est nécessairement ethnique et cela concerne presque tous les habitants de notre pays.

 

La vision ethnique a marqué et elle marque notre pays. Elle a été décriée par tous les régimes qui se sont succédés à la tête de l’État mais sans la moindre mesure et la mise en place de méthodes visant à la combattre; pire, elle a adoubé.

 

Il y a aussi une autre vision, elle est la conséquence de l’implication dans la conquête et l’exerce du pouvoir d’État manifestée par les sociétés civiles et autres centres d’intérêts politiques dont les protagonistes manquent d’efficacité dans les capacités pour les représenter. Cette vision vise à incarner la participation de la société civile dans la gestion des affaires publiques.

 

La vision d’un peuple centrafricain englobant les musulmans d’une part et les autres d’autre part, a beau être contestée, elle constitue néanmoins une vision ethnique et culturelle réelle dans notre société même si les acteurs pensent ou non en ces termes. Cependant, on n’est pas surpris de constater que l’action des groupes armés incroyablement menée par des musulmans est involontairement soutenue par cette communauté au nom de l’ethnie musulmane. La différence ethnique entre musulmans et les autres est culturelle et libérale. Et cette différence est savamment utilisée en occurrence dans la crise.

 

Mais comment faire que les musulmans et les autres prétendument appelés « chrétiens » partagent la foi d’appartenir au même peuple et souscrivent à une même identité nationale au dessus des appartenances religieuses ou pas, en adoptant une version moderne de conviction ayant une assise culturelle et une conscience communes qui permettrait un biculturalisme réussi, le couple sociétaire « chrétiens-musulmans », même si la conscience d’appartenir à un même peuple n’empêcherait le mépris ou l’injustice. Il faut rechercher ici ce qui pourrait permettre de créer le socle social.

 

La vision de conquête du pouvoir qui s’exprime, c’est celle qui s’adresse au pouvoir de prendre en compte les intérêts des uns et des autres dans la politique du gouvernement.

Cette vision est portée par des élites, elles sont jeunes pour la plupart, elles ne sont pas les mêmes et elles n’ont pas les mêmes compétences que celles au pouvoir.

Ces élites veulent incarner un autre modèle de démocratie qui soit plus près des gouvernés, une politique de participation sociale inclusive ; ce sont ces élites qui appellent le plus souvent à manifester, provoquant la poussée de mouvement de type populiste, ouvrant le risque de dynamique conflictuelle et de l’affaiblissement de l’État. Il ne faut pas minimiser cette vision, car elle va se développer et deviendra plus forte que jamais.

 

Voici là, deux voies à explorer par le MCU en tant que laboratoire politique au service du gouvernement. Ces deux axes relèvent d’une grande importance si l’on veut aller vers un peuplement socialement constitué et à une gestion publique citoyenne.

 

C’est d’abord et avant tout ce sentiment d’appartenance au  même peuple, au même pays qui déterminera le devenir de notre société et le succès d’un pays comme le nôtre.

Le Mouvement des Cœurs Unis doit avoir la conscience du chemin parcouru par le peuple centrafricain pour sortir de cette crise dont le forum de Bangui, même s’il n’a pas abouti, il a tout de même accouché des idées formidables : ce fut un début de dialogue inter centrafricain.

 

Le MCU n’a pas intérêt à devenir forcément un parti politique, loin de là, mais un mouvement de masse qui a pour caractère de rassembler les intérêts divers des peuples et de les formater dans une idéologie au profit du pouvoir; si non il finira comme les autres partis politiques créés dans les mêmes conditions opportunistes, lesquels les héritiers peinent à les faire revivre sans succès. Ces partis créés dans l’intérêt du pouvoir et grâce à l’argent de l’État ne sont pas des outils politiques, mais des greffes de classe de godillots et de troubadours du pouvoir.

 

Il n’ y a pas d’autre choix. Il n’y a pas d’autre alternative que d’être unis. Unis pour faire gagner le Centrafrique. Unis pour assumer notre destin commun. Unis pour notre cohésion nationale. Unis derrière nos forces de défense et de sécurité.

Notre diversité (agnotis, chrétiens et musulmans) et notre pluralisme ethnique resteront le ciment et la richesse de l’unité nationale, qu’il faut sans cesse continuer de consolider. C’est l’une des priorités, car pour bâtir un avenir de tous les possibles, le Centrafrique doit pouvoir compter sur ses propres enfants. Chacun a sa place et doit avoir sa place. Le pouvoir de la République ne doit exclure personne. Le MCU doit jouer le rôle de catalyseur et de mobilisateur pour la république.

La paix et la réconciliation nationale seront notre obsession et doivent être rétablies par nous-mêmes que par les accords qu’on nous impose ou qu’on nous propose de l’extérieur. Les accords extérieurs ont une portée générique mais les accords nés de notre propre initiative sont d’une portée spécifique, touchant à certaines de nos habitudes qui sont des facteurs bloquants à notre évolution mentale. Il nous faut promouvoir un réveil national tous azimuts, par des pratiques tel que : le service militaire national, le service de la défense de l’environnement, le service civique de la cohésion nationale etc…

En effet, il s’agit pour le MCU de saisir l’occasion de faire jaillir par des initiatives, des imaginations, des solutions, tout ce qui a à reconnaître par tous les âges pour la construction d’un destin commun et ceci dans une transparence d’actes convaincants, créant l’espoir et produisant des résultats concrètement attendus sur le terrain.

Faire jaillir des initiatives, diffuser et appliquer des pratiques qui nous sont propres, cela peut nous conduire très rapidement à la prise de conscience nationale au sujet de cette crise et la question de la paix recherchée.

 

Robert ENZA, entrepreneuriat politique.