CENTRAFRIQUE : LE DROIT D’INVENTAIRE CONTROVERSÉ D’UN POUVOIR POURTANT DÉMOCRATIQUE.

Publié le 28 décembre 2018 , 7:01
Mis à jour le: 28 décembre 2018 7:01
Monsieur Bernard Selembi Doudou, l'auteur de l'article. Photo d'archive.
Monsieur Bernard Selembi Doudou, l’auteur de l’article. Photo d’archive.

 

 

CENTRAFRIQUE : LE DROIT D’INVENTAIRE CONTROVERSÉ D’UN POUVOIR POURTANT DÉMOCRATIQUE.

 

 

Le pouvoir issu des échéances électorales de 2016 était confronté à d’innombrables défis générés par la longue crise politico-militaire. La population centrafricaine meurtrie, éparpillée à travers le territoire national en était consciente de la profondeur de la crise et a été docile en accordant un long délai de grâce rarement octroyé au pouvoir établi. A mi mandat, la tradition républicaine exige qu’à l’échéance d’une année civile un bilan exhaustif soit présenté en vue des résolutions politiques pour l’année à venir.

 

L’inventaire dans le contexte politique est une étude minutieuse qui consiste à recenser, évaluer délicatement les actifs des passifs d’une mission politique. Cet exercice sera délicat, périlleux et pénible pour le président de la république qui a un bilan plutôt mitigé que controversé. Au delà de l’autosatisfaction adulée par les griots du royaume qui vantent la présence militaire russe comme la solution exclusive à la crise centrafricaine qui se pérennise, le chantier sécuritaire qui est le premier défi à relever s’enlise et tend dangereusement vers moins l’infini lorsqu’on le représente dans un repère orthonormé.

Le dernier massacre d’Alindao avec les soubresauts qui en dérivent en est une parfaite et patente illustration de la non maîtrise du volet sécuritaire abandonné sans fondement juridique à la Minusca.

L’on se souvient qu’à l’avènement du pouvoir issu de la volonté souveraine du peuple, les groupes armés non conventionnels occupaient la moitié du territoire national mais de nos jours, les rapports d’experts l’évaluent à 80% empêchant de facto l’extension de l’autorité de l’Etat aux limites définies par les accords d’indépendance.

La réconciliation et la cohésion nationale ne sont qu’utopies. L’hypothétique levée de l’embargo et la récente incendie de la paroisse sainte trinité des castors donnent le ton des vagues de misère de l’année 2019. En conséquence de ce qui précède, le gouvernement n’a de compétence que dans la capitale et sa périphérie au point de négocier en vain avec les groupes armés la tenue de la fête de moisson en province…pathétique.

Des efforts non visibles sont enregistrés dans le domaine des réfugiés et déplacés internes nonobstant les colossaux soutiens financiers de la communauté internationale. La Centrafrique est devenue le premier État mendiant de la planète avec une présence innombrable des organisations non gouvernementales qui assurent les tâches régaliennes.

Le programme Désarmement, Démobilisation, Réintégration, Rapatriement (DDRR) qui est la pierre angulaire des actions du président de la république est inexistant ou avance à pas de tortue dans l’attente de versements de la manne financière internationale. Par ailleurs, on remarque avec stupéfaction l’incapacité notoire, chronique et virale du gouvernement à monter des projets fiables et convaincants pour lever les fonds promis par Bruxelles.

A titre de rappel, il s’agissait de 2,2 milliards de promesses de financement. Au niveau diplomatique, il est important de souligner notre préjudiciable isolement de la sous région.

L’on note entre autres l’affaire de la tentative de coup d’état en Guinée équatoriale, l’évasion spectaculaire des opposants congolais arrêtés en Centrafrique, la destitution du président de l’assemblée qui fut l’homme de main du président Sassou-Nguesso et enfin le pouvoir tchadien qui est accusé de «faiseur de roi » en Centrafrique etc… Il urge ainsi au pouvoir de Bangui de mener une diplomatie préventive et/ou défensive pour contrer toutes velléités de déstabilisation du pouvoir établi comme les rumeurs confirmées par le gouvernement le font croire.

Le sentiment anti français est cultivé par le gouvernement via la manipulation de la population au mépris des liens étroits qui lient les deux pays.

Quant aux finances publiques la maigre recette des régies financières majoritairement fiscalo-douanière est systématiquement et dilapidées de façon pyramidale avec la complicité légale du bureau de l’assemblée nationale.

En ce qui concerne la justice, et particulièrement la lutte contre la corruption, malgré les nombreuses malversations financières, aucun coupable n’est inquiété puisqu’ils sont eux-mêmes les prédateurs.

La cour pénale spéciale de Bangui est déclarée mort-né avec le transfert précipité et en violation des règles basiques de procédure du député-chef de guerre.

Enfin, la goutte d’eau qui va déborder le vase est la tenue incertaine de l’initiative de paix de l’Union Africaine (UA) avec l’entrée en lice d’un nouveau partenaire, le Soudan avec son président dictateur et sous sanction de l’ONU.

Fort de ce qui précède et un peu perdu dans ce amer constat, le citoyen lambda s’interroge :

Comment un régime issu légitimement des urnes peut cumuler impunément autant de déboires en si peu de temps ? Le peuple centrafricain peut-il encore croire à l’autre moitié du mandat ? Face à la situation politique et sécuritaire du pays, qu’est-ce que le président de la république va proposer au peuple lors des épreuves traditionnelles de vœux de fin d’année ? Le traditionnel discours du président de la république bourré de promesses et d’espoir sera t-il encore audible ? Ne devrait-on pas changer radicalement de politique pour espérer un avenir meilleur ? Le sort des échéances électorales de 2021 n’est-il pas déjà scellé avant l’heure ? Existe-t-il encore un espoir pour le président de la république pour se rattraper de sa déconnexion d’avec le peuple ?

Nous espérons que le temps de la démagogie et de la masturbation politique sont terminés. En conséquence, nous exhortons le pouvoir à se mettre résolument au travail dans l’intérêt exclusif du peuple et surtout de ne pas se tromper de vrais ennemis de la nation.

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

 

Bernard SELEMBY DOUDOU

Juriste, Administrateur des élections

Tel : 0666830062