CENTRAFRIQUE : LE DIALOGUE DE SOURDS ENTRE LE POUVOIR ET LES FORCES VIVES DE LA NATION NE COMPROMETTRAIT-IL PAS L’ISSUE DES ÉLECTIONS À VENIR ? 

Publié le 3 octobre 2020 , 12:45
Mis à jour le: 3 octobre 2020 12:45
Monsieur Bernard Selembi Doudou, l'auteur de l'article. Photo de courtoisie.
Monsieur Bernard Selembi Doudou, l’auteur de l’article. Photo de courtoisie.

 

Bangui, République centrafricaine, samedi, 3 octobre 2020, 06:36:58 ( Corbeaunews-Centrafrique ). Le chronogramme électoral établi par l’Autorité Nationale des Élections (ANE) prévoit l’organisation des élections groupées au 27 décembre 2020 pour le premier tour du scrutin. Les quartiers généraux des partis politiques s’activent au rythme des congrès d’investiture avec des décors folkloriques donnant l’impression que la période de la campagne électorale est tacitement ouverte. Ce qui chagrine et exaspère un peu le haut conseil de communication qui a mis en garde les partis politiques indélicats.

 

Les principaux acteurs du processus électoral c’est à dire l’organe de gestion des élections (l’ANE), le pouvoir, l’opposition démocratique, la société civile et même les électeurs s’inquiètent et s’interrogent sur la tenue des élections dans le délai constitutionnel ainsi que sur la fiabilité du processus car ces différents acteurs précités ne s’accordent pas sur la méthode et entretiennent un langage de sourds. D’abord, l’Autorité Nationale des Élections qui venait d’obtenir légalement un délai supplémentaire pour les opérations d’enrôlement des électeurs soutient mordicus organiser les élections groupées dans les délais constitutionnels nonobstant les difficultés avouées à l’opinion nationale et internationale. Le pouvoir de son côté s’inscrit sans conditions et sans réserve dans la logique de l’Autorité Nationale des Élections au détriment de l’avis de la noble Cour constitutionnelle qui lui proposait une concertation politique pour viabiliser le processus en intégrant l’ensemble des obstacles du processus. Les partis politiques légalement constitués et la société civile estiment quant à eux que les conditions ne sont pas réunies pour organiser une élection transparente, crédible et surtout acceptée par tous.

Ces derniers souhaitent une concertation inclusive de la classe politique centrafricaine qui ne suppose pas nécessairement une transition redoutée par le pouvoir. En plus de problèmes sécuritaires puisque le pays est occupé par les forces non conventionnelles à hauteur de 80%, les

partenaires au développement insistent pour l’enrôlement des réfugiés afin que ces derniers exercent leur droit civique c’est à dire « voter ». Perdu dans ce imbroglio, cette cacophonie de sourds où personne n’écoute personne et où se joue également l’avenir de la nation, le citoyen lambda s’interroge :

En l’absence de dialogue franc entre le pouvoir et les forces vives de la nation, l’issue des élections groupées à venir n’est-elle pas hypothéquée ? Peut-on organiser une élection post crise de façon apaisée dans le contexte actuel ? En organisant les élections présidentielles et législatives dans les conditions décrites, l’ANE pourtant indépendante ne sera t-elle pas accusé d’être inféodée au pouvoir ? En cas de fiasco de ce processus électoral budgétivore, à qui profitera le crime ? Par le passé, le pouvoir voulait repousser les élections à cause du coronavirus, mais pourquoi ce revirement à 90 degré à vouloir mordicus respecter le délai constitutionnel au risque d’organiser des élections contestées ? Doit-on insinuer que cette fois-ci le pouvoir ne trouve pas son intérêt dans un éventuel report ? Au delà de ces supputations, le pouvoir ne craint-il pas des remous après ce qui s’apparente à un passage en force ? A en croire leur détermination, l’opposition démocratique est-elle aussi dans une posture de pousser le pouvoir à une vacance de pouvoir ? Soyons un peu politiquement correct, que gagne les forces vives de la nation à souhaiter une transition politique concertée ?

La lecture synoptique des différentes positions ne laisse aucune place à l’avenir du peuple. A cet effet, il urge de souligner que ce peuple meurtri, bâillonné,  qui a tant souffert de l’égoïsme des hommes politiques et qui n’aspire qu’à vivre en paix est pourtant le détenteur de la souveraineté.

En conséquence de ce précède, nous exhortons la classe politique centrafricaine à la sagesse et de conjuguer leurs efforts pour le bien de la nation car l’histoire restituera à la génération future notre attachement qui fera école. Ailleurs, les autres l’ont fait…je crois fermement que nous le pouvons aussi.

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites surtout pas que c’est moi.

 

Paris le 2 octobre 2020.

Bernard SELEMBY DOUDOU.

Juriste, Administrateur des élections.

Tel : 0666830062.

 

 

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