CENTRAFRIQUE : LA FRONDE DES OFFICIERS GÉNÉRAUX… FRUSTRATION, RÉBELLION OU PROTECTION DES VALEURS MILITAIRES ?

Publié le 5 avril 2019 , 5:29
Mis à jour le: 5 avril 2019 6:56

 

 

L’armée nationale centrafricaine est une noble et prestigieuse institution républicaine chargée de protéger la population, le territoire au prix de leurs vies et protéger les intérêts nationaux contre toutes menaces pesant sur la sécurité nationale.

 

Cette armée est composée de plusieurs régiments, bataillons avec des missions multiples et diverses mais complémentaires. La carrière pleine d’un fantassin dans l’armée se construit sur une trentaine d’années en grimpant les différentes marches depuis les militaires de rangs, les sous-officiers, les officiers subalternes, les officiers supérieurs et enfin les officiers généraux

 

le tout dans la stricte discipline et le respect de l’ambiguë maxime définit à l’article 1 :

« le chef a toujours raison »…

Même s’il arrive dans certaines circonstances que le subalterne a raison, c’est l’article 1 qui s’applique. Depuis le début du processus de la réforme historique de l’armée accentuée par les effets collatéraux des accords de paix de Khartoum, un malaise ou plus simplement une grogne latente sévit dans l’armée nationale.

 

Certains officiers étoilés et respectés ont fait usage de leur droit de retrait en adressant une lettre ouverte au nom du « collectif des officiers généraux » au Président de la république et de droit chef suprême des armées.

Plusieurs hypothèses plausibles expliqueraient ce malaise. Il s’agit soit d’une frustration (colère ou déception) née de leur mise sous commandement des rebelles avec des grades trop fantaisistes, soit il s’agit simplement d’une rébellion conçue comme une résistance ouverte aux ordres abusifs et démesurés de l’autorité établie, soit enfin il s’agit singulièrement de la protection des valeurs ou éthiques militaires.

Dans tous les cas de figure, l’armée nationale doit toujours être disciplinée en observant la théorie juridique très discutable de soumission aux ordres mêmes manifestement illégaux. Noyé dans les concepts et pratiques purement militaires, le citoyen lambda s’interroge :

Quelles sont les véritables causes de grogne au sein de l’armée nationale ? Cette crise latente avec des conséquences non quantifiables résulte t-elle les effets collatéraux des accords de paix de Khartoum ? Qu’est-ce qu’il faut entendre ou retenir à travers la lettre ouverte des officiers généraux au Président de la république ? La démission ou la mise en disponibilité est-elle permise au sein de l’armée ? Dans l’affirmative, quelles sont les démarches et procédures requises ? Dans la négative, que risque un militaire qui démissionne sans respecter la procédure légale ? Par ailleurs, que ressent un officier général qui doit exécuter l’ordre émanant d’un rebelle avec des grades fantaisistes qui n’a connu ni l’école de guerre ni l’école de l’état-major ? Que faut-il faire

en urgence pour éviter que cette grogne devenue virale ne s’étende à toutes les forces de défense et de sécurité ? Fort de ce qui précède, il est important de rappeler que ce droit de retrait est inédite dans la genèse de l’armée centrafricaine. Qu’il s’agisse de démission ou de demande de mise en disponibilité, la demande de l’une ou de l’autre doit nécessairement être acceptée et agréée par l’autorité supérieure compétente. On ne se retire pas aussi facilement de l’armée comme dans la vie civile, qu’il s’agisse de gradés ou non. Il est d’une grande notoriété qu’un militaire qui se retire de l’armée sans autorisation préalable de ses supérieurs hiérarchiques est considéré comme « déserteur » et jugé par les tribunaux militaires.

 

En effet, la désertion est un délit du code de la justice militaire répréhensible selon le contexte de désertion : en temps de paix, de guerre, en état d’urgence ou en état de siège. Dans la conséquence logique de cette idée, nous tenons à souligner que même démissionnaires, les militaires doivent respecter le devoir de réserve pour garantir la neutralité et l’impartialité de l’administration. Pour finir, il urge de mettre en garde contre toute alimentation de rumeurs, de spéculations d’un éventuel coup d’état ou d’un complot de l’ancienne puissance coloniale. Ce fléau n’est qu’un constat d’échec, un malaise né de la mauvaise gouvernance des autorités établies. A ce propos, nous invitons humblement le Président de la république et son chef de gouvernement de s’investir personnellement dans la gestion de cette grogne qui peut à l’avenir être nuisible au processus de reconquête de la paix. Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

Paris le 05 avril 2019

Bernard SELEMBY DOUDOU

Juriste, Administrateur des élections.

Tel : 0666830062