CENTRAFRIQUE : LA FAILLITE MORALE DE LA GOUVERNANCE DE TOUADERA EST-ELLE EXCLUSIVEMENT LA RÉSULTANTE DES DISPOSITIONS ABUSIVES DE LA CONSTITUTION ?

Publié le 1 septembre 2019 , 5:38
Mis à jour le: 1 septembre 2019 5:38
bernard selembi doudou
Monsieur Bernard Selembi Doudou, l’auteur de l’article. Photo de courtoisie.

 

 

 

Depuis l’avènement de notre chère nation à la souveraineté internationale, le modèle classique de gouvernance est calqué majoritairement sur le régime parlementaire issu de la célèbre cinquième république française initiée par le mythique Général De Gaulle.

 

Des mutations socio-politiques importantes sont enregistrées allant de la pure dictature avec un seul parti unique à la malencontreuse découverte de la notion de démocratie pluraliste imposée contre les aides au développement par la conférence de la Baule dans les années 1990. Animés en grande partie par le souci de se servir au lieu de servir le peuple, les gouvernements successifs ont contribué à l’effondrement progressif de l’édifice légué par le feu Président fondateur Barthélemy Boganda.

 

Le dernier pouvoir issu des élections groupées et tronquées de 2016 s’est caractérisé par la mauvaise gouvernance chronique au point d’imaginer que les cerveaux sont débranchés. Les autorités légitimement élues ont institutionnalisé des scandales mafieux en inversant la pyramide des compétences au détriment des différents diplômés disséminés à travers le monde. Cet abus d’autorité et de pouvoirs est rendu possible par les dispositions de l’article 33 de la constitution qui ne sont plus adaptées aux réalités socio-politiques du pays.

 

En effet, cet article donne un panel de pouvoirs qu’on ne peut de nos jours dédier à une seule et même personne. Ce maudit article 33 de la constitution fait du vénéré Président de la république « le chef de l’Etat, père de la nation, chef suprême des armés, Président du conseil supérieur de la magistrature, il nomme à toutes les fonctions politiques, civiles et militaires etc… ».

 

Au delà de cette célèbre dictature qualifiée de « démocratique », on assiste à un pilotage à vue c’est à dire sans projet de société, ni d’évaluation à mi-parcours pour se rassurer si les objectifs définis spontanément sont atteints, ou pour gérer les risques voire même pour prévoir les aléas à venir. A cela s’ajoutent les bradages des contrats miniers ainsi que de nos ressources naturelles, la constitution et l’entretien d’une milice bien implantée, la corruption galopante, la concussion, l’affairisme prohibé par les dispositions constitutionnelles de l’article 34 alinéa 1, la violation systématique des droits fondamentaux et la haute trahison née de la violation du serment ainsi que la violation d’innombrables dispositions constitutionnelles.

 

Dans un État normalement civilisé, constitué et respecté, le Président de la république serait déjà convoqué devant l’assemblée nationale selon les procédures prévues par l’article 125 de la constitution en vue de le destituer. Choqué par la caducité et la non adaptation des arsenaux juridiques en vigueur, le citoyen lambda s’interroge :

 

Pourquoi le Président de la république est-il investi de tous les pouvoirs de décision ? Avons-nous conscience que la conséquence de son mauvais choix méthodologique et l’incompétence du maître suprême entraînent toute une nation dans l’abîme ?  Pourquoi ce pouvoir se sert-il prioritairement avant de servir les intérêts du peuple ? A l’état actuel, l’article 33 de la constitution ne nécessite t-elle pas un profond réaménagement ? Au delà du laxisme qui est la marque de fabrique de ce pouvoir, qu’en est-il des accords de Khartoum six mois après sa signature ? Que dire des prochaines échéances électorales et surtout le sacré programme DDRR qui représente une coquille vide ? Avons-nous conscience que les efforts actuels sont insuffisants et non visibles pour une éventuelle levée de l’embargo sur les armes ?

 

En tout état de cause, le peuple n’attend plus de surprise de la part de ce pouvoir moribond et agonisant. Les rêves ne sont plus permis et le pouvoir doit tirer les leçons de son aventure au moment précis où les nouveaux alliés contre nature c’est à dire les groupes armés non conventionnels commencent à dénoncer les pactes secrets et à se repositionner politiquement et militairement. Pour finir, nous vous invitons à méditer en faisant une projection orthogonale…valait-il encore la peine d’amuser la galerie en voulant se représenter aux prochaines échéances électorales ?

 

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

Paris le 30 août 2019.

Bernard SELEMBY DOUDOU.

Juriste, Administrateur des élections.

Tel : 0666830062.