Centrafrique : Bria, plus de 90 000 déplacés encore dans le camp du PK3

Publié le 12 mai 2019 , 4:26
Mis à jour le: 12 mai 2019 4:26

 

 

Bria (Corbeaunews) – Trois ans après la crise qui a secoué la capitale provinciale de la Haute-Koto dans le centre Nord du pays, plus de soixante-dix mille (70 000 ) personnes se trouvent encore dans le camp des déplacés  du PK3 dans des conditions très précaires.

 

Estimé à la fin de l’année dernière à environ 93 000 personnes alors que la sous-préfecture de Bria comptait 69 148 habitants selon le dernier recensement de la population en 2010, le site des déplacés du PK3 de Bria est sans doute l’un des plus importants sites encore actifs en République centrafricaine.

 

« Si aujourd’hui les gens sont plus nombreux ici dans le camp c’est parce que toute la population des villages environnants s’est regroupée dans la sous-préfecture de Bria au début de la crise pour s’échapper des exactions des groupes armés », explique un travailleur humanitaire à Corbeaunews.

 

Le site des déplacés du PK3, situé proche de la base militaire de la Minusca, est devenu en trois (3) ans une très grande ville à l’intérieur de Bria. On y trouve 2 structures de santé organisées par le Médecin sans frontière (MSF) et l’International médical corps (IMC).

Si le MSF prend en charge les patients de moins de 16 ans et des cas qui nécessitent les interventions chirurgicales ainsi que les victimes d’agressions sexuelles,   l’IMC, quant à elle, s’occupent des patients de 16 ans et plus ainsi que des femmes en ceinte.

 

Les ONG Oxfam et Espérance interviennent aussi dans le camp dans le cadre de la protection et droit de l’enfant.

Une place de distribution des vivres par l’ONG Oxfam. Credit photo : Moïse Banafio / CNC.

 

Des activités médicales qui tournent 24h/24 au profit des déplacés qui ne manquent pas de louer le professionnalisme des intervenants.

 

‘ « Sur le site, nous sommes pris en charges 100% et mieux soignés», explique Larissa, une patiente devant la clinique du MSF dans le camp du PK3.

 

Cependant, les forces de la Minusca, qui sont basées juste à côté, sécurisent le camp pour éviter son infiltration par des groupes armés alors qu’à l’intérieur du site, les déplacés se disent agressés de manière quotidienne par des éléments Anti-Balaka proches du général Bokassa.

 

‘Après soi-disant la réconciliation entre les Seleka et les Anti-Balaka, nous sommes exposés aux éléments de Bokassa qui sont revenus dans le camp avec leur lot de braquage quotidien», explique Mathias, un commerçant dans le camp.

 

 

Même si beaucoup regrettent que les forces de la Minusca n’interviennent jamais à l’intérieur du camp pour déloger les malfaiteurs, ils estiment par contre que des solutions doivent être prises en urgence par les autorités pour protéger les déplacés qui sont exposés aux amendes illégales des Anti-Balaka dans le camp.

 

« Je demande aux forces de la Minusca de patrouiller au moins une fois par semaine à l’intérieur du site pour nous permettre de respirer de ces bandits armés  qui nous agressent tous les jours », estime Philomène, une habitante du camp interrogée par CNC.

 

Alors que le problème de sécurité persiste dans le camp, les déplacés font face désormais à un autre problème : alimentation et l’éducation.

 

Récemment, l’ONG italienne Coopi  intervient dans la distribution alimentaire pour tenter de résorber des nombreux cas de malnutrition infantile constatés.

Par contre dans le camp, l’éducation n’est pas prise sérieusement en compte.  Aucun Instituteur certifié n’est présent dans les blocs. Les Maîtres parents sont sollicités pour combler le trou. On imagine déjà la suite dans quelques années.

 

À Bangui, le gouvernement abandonne ses prérogatives aux ONG qui tentent de faire tout à sa place. Des milliards sont quotidiennement dans des voyages inutiles laissant la population meurtrie à leur propre sort.

 

Reportage réalisé par Moïse Banafio pour CNC.