CENTRAFRIQUE : BILAN DES CENT JOURS DU GOUVERNEMENT NÉ DE L’ACCORD DE KHARTOUM. 

Publié le 28 juin 2019 , 6:09
Mis à jour le: 28 juin 2019 6:09
Bernard Selembi Doudou, l’auteur de l’article.Photo courtoisie.

 

 

La recherche acharnée de la paix a conduit les autorités centrafricaines à négocier un accord dit de Khartoum entre les groupes armés non conventionnels et le gouvernement. La première exigence de cet accord qui s’assimile à un préalable se résume à la mise en place d’un gouvernement inclusif c’est à dire composé des forces vives de la nation y compris les représentants des groupes armés.

 

Le premier gouvernement très expéditif a été boudé au motif qu’il n’est pas suffisamment inclusif et le second gouvernement a été décrété dans la foulée pour répondre à cette brève incompréhension. Au delà d’intenses doutes et de critiques multidimensionnelles acerbes sur la faisabilité des termes de l’accord, une frange de la population active espérait parier sur une bonne écurie.

Après plus de cent jours d’observation, un état des lieux, un inventaire s’avère nécessaire voir indispensable pour évaluer les effets de l’accord dit de la dernière chance. Certains observateurs éclairés de la vie politique centrafricaine diront avec évidence qu’on ne peut évaluer le bilan d’un gouvernement sur une période aussi courte mais les cent jours nous permettront justement et certainement de voir en filigrane la trajectoire exponentielle de la politique gouvernementale.

 

Au demeurant, il est important de rappeler que le gouvernement demeure toujours incomplet depuis les caprices impunies du ministre de la modernisation de l’Etat qui a refusé son poste ministériel m. Au chapitre de bilan, on note de prime abords que l’insécurité galope avec la naissance de nouveaux groupes armés avec les dernières tueries créant la psychose et la peur au sein de la population. Cette psychose s’est accentuée avec la création de la milice du pouvoir qui promet de façon impunie de transformer des meetings politiques et pacifiques en « théâtre d’opérations ensanglantées ».

 

Le chef de guerre du groupe armé les « 3R » devrait être traduit devant les tribunaux pour sa responsabilité indirecte en tant que chef hiérarchique de ses sbires. Dès lors qu’il est établi que le conseiller spécial du premier ministre est président du groupe armé « 3R »et investit de l’autorité suprême, de l’autorité décisionnelle ou de contrôle, ce dernier devrait être mis aux arrêts à l’instar de la jurisprudence « Jean Pierre Bemba » de la République démocratique du Congo.

 

En outre, le président de la république ne cesse de se rendre coupable de haute trahison en violant délibérément et impunément de nombreuses dispositions constitutionnelles et en utilisant les institutions étatiques pour assouvir ses faims politiques telle la requête devant la haute cour constitutionnelle pour relire le code électoral en violation des dispositions de l’article 40 de la constitution. On remarque également une grande inquiétude quant au respect des droits fondamentaux et plus précisément les libertés de la presse et d’opinion. Enfin, on relève la reprise parodique des pratiques de ses prédécesseurs et surtout l’économie qui peine à décoller.

 

Fort de ce constat amer, le citoyen lambda partagé entre espoir et désespoir s’interroge :

 

Ce gouvernement pléthorique et à la fois incomplet a t-il convaincu ? Le bilan des cent jours est-il en phase aux attentes de la population ? La cote de popularité de ce gouvernement a t-il augmenté ou baissé ? Le temps est-il trop court pour évaluer les effets de l’accord de Khartoum ? A ce rythme, les engagements pris seront-ils respectés ? Que dire des prochaines échéances électorales qui, organisées dans le délai tranchera de la réussite ou de l’échec des accords de Khartoum ? A défaut, que dire du statut juridique de ce pouvoir en cas de glissement du calendrier électoral ? A la lecture de ces différents questionnements, une bonne partie de la population est mitigée et pense que ce gouvernement est otage des groupes armés qui lui dictent sa loi.

Ce gouvernement est victime de sa méthode de tâtonnement né de l’amateurisme. Par contre, une autre partie de la population souhaite prolonger le délai de grâce au nouveau locataire de la tour « Petroca ». Au delà de toutes considérations politiques, aucun indice fiable ne nous garantit une sortie honorable de la crise car la plupart des actions politiques et managériales sont illisibles mais faisons nous le plaisir de leur accorder un délai de grâce le temps de prendre des repères.

 

Mais attention, ne le dites à personne. Si on vous demande, ne dites pas que c’est moi.

 

Paris le 28 juin 2019.

Bernard SELEMBY DOUDOU.

Juriste, Administrateur des élections.

Tel : 0666830062.