Catherine Samba-Panza : de l’ AngolaGate  au trucage massif des élections de 2015 – 2016.

Publié le 28 juin 2020 , 11:13
Mis à jour le: 28 juin 2020 11:13
L'ex-Présidente de transition Catherine Samba-Panza.
L’ex-Présidente de transition Catherine Samba-Panza.

 

Des élections maintes fois repoussées et finalement truquées.

 

A –  Un remaniement en plein « AngolaGate » sur fond de violences.

 

Alors que s’achève le 27 juin 2014 à Malabo le 23ème sommet de l’Union Africaine, Samba-Panza participe à une réunion informelle sur la Centrafrique organisée par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Elle y présente son bilan dans une ambiance tendue avant … d’être priée par ses pairs de quitter la salle…. C’est dans un couloir près du lieu de la réunion que la Présidente de transition doit attendre la fin des concertations… Le communiqué final publié à l’issue de la rencontre annonce « sa volonté de remanier son gouvernement » …

Du 21 au 23 juillet 2014, un sommet est convoqué à Brazzaville pour obtenir un cessez-le-feu officiel entre groupes armés.

Cette réunion et un remaniement de l’équipe gouvernementale apparaissent alors comme les derniers moyens pour Samba-Panza de sauver la face devant les critiques de plus en plus fortes à son endroit…

Le Premier Ministre Nzapayéké doit se résoudre à démissionner mais exige en échange des contreparties : il obtiendra près de 300 millions de FCFA et le poste d’ambassadeur de RCA en Afrique du Sud qu’il occupe encore aujourd’hui… Le 10 août 2014, Catherine Samba-Panza désigne pour le remplacer Mahamat Kamoun. La compagne de ce dernier Rachel Ngakola (cousine de SCP du côté maternel) qui est nommée au poste de Directrice Générale des douanes centrafricaines se distinguera par une gestion particulièrement prédatrice des recettes douanières…

Face aux bailleurs de fonds internationaux mais aussi à José Eduardo dos Santos, qui la convoque le 20 août 2014 à Luanda pour une brève séance d’explications sur l’utilisation des fonds alloués, la Présidente de transition plaide la bonne foi et l’urgence de la situation, sans que ses interlocuteurs ne soient c dupes quant à l’utilisation des 2,5 millions de dollars…

A Paris, l’on observe ce désordre avec crainte car la priorité est avant tout de se désengager au plus vite du théâtre d’opération centrafricain. Hélène Le Gal, conseillère Afrique de François Hollande vient à Bangui le 6 octobre 2014 pour recadrer CSP lui rappelant clairement qu’elle doit respecter le chronogramme relatif à l’organisation des prochaines élections qui doivent théoriquement se tenir au printemps 2015…

Pour les centrafricains, l’« Angolagate » est le catalyseur de la crise morale qui secoue la transition de Samba-Panza. La population descend dans la rue pour réclamer sa démission et des violences secouent Bangui. Depuis New York où elle participe à une réunion sur la RCA en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies, CSP semble au bord de la rupture. Des violences intercommunautaires secouent Bangui et Bambari début Octobre 2014 faisant plusieurs dizaines de morts.

On assiste à un affrontement larvé entre la cheffe de l’État et Alexandre-Ferdinand Nguendet, le président du CNT qui annonce en grande pompe une enquête sur l’affaire du don Angolais. Cette enquête sera finalement abandonnée avec l’intervention de Sassou Nguesso après que Samba-Panza avoue dans une déclaration publique « n’avoir pas utilisé l’argent toute seule » et menace dans l’hypothèse d’une enquête d’exposer les noms des responsables mouillés dans cette affaire…

 

B –  Le forum national de Bangui et les reports successifs des élections.

 

Alors que la date du scrutin initialement prévu pour le début de l’année est repoussée à l’été 2015, CSP s’active pour préparer le forum national de Bangui censé réconcilier les Centrafricains avant ce scrutin. Au début du mois d’Avril 2015, elle signe trois décrets portant nomination du présidium du Forum, des membres du Comité technique et fixant les dates du dialogue national. Le CNT s’élève alors contre ces décisions, accusant la Présidente de pas l’avoir consulté et les critiques se cristallisent sur le choix du très controversé Jean-Jacques Demafouth comme coordinateur du comité technique. Béatrice Epaye qui présidait la commission préparatoire du Forum en est limogée. Beaucoup reprochent à Catherine Samba-Panza de vouloir noyauter les débats du Forum et menacent alors de le boycotter.

Finalement, la Ministre de la Santé Marguerite Samba remplace Demafouth à la place du comité technique, la composition des comités est revue et tous les membres sont choisis par consensus. Lors de ce Forum qui se déroule du 4 au 11 mai 2015, les autorités de transition sont sévèrement critiquées.

Les débats permettent d’entériner une nouvelle prolongation jusqu’aux élections qui sont reportées au 18 Octobre 2015… Mais les violences s’intensifient. Le 20 Août 2015, plus de vingt personnes sont tuées et plusieurs dizaines blessées dans des violences intercommunautaires qui éclatent à Bambari provoquant des déplacements importants de populations.

Le 26 septembre 2015, l’assassinat d’un conducteur de mototaxi au PK-5 provoque une flambée de violences qui fait une quarantaine de morts et une centaine de blessés. On assiste à des scènes de pillages et des barricades sont érigées dans plusieurs quartiers de la ville.

Des manifestants demandent le départ des troupes de l’opération Sangaris et de la Minusca ainsi que celui de la Présidente de la transition. Des milliers de personnes sont déplacées et l’on assiste même à une évasion de centaines de détenus de la prison centrale de Bangui.

Samba-Panza qui est obligée de quitter précipitamment New York où elle participe à la 70e Assemblée générale des Nations unies qualifie ces évènements de « tentative de coup d’Etat ». Ce regain de tensions pousse à s’interroger : à qui profite le crime ?

La conséquence est en tous cas qu’une nouvelle date doit être fixée pour la tenue du premier tour des élections, cette fois au 13 décembre 2015…

 

C – Le trucage des élections présidentielles de

2015-2016.

 

Lors des élections présidentielles de 2015-2016, Constant Gouyomgbia-Kongba-Zeze (dont l’une des filles Cynthia est secrétaire à la Présidence) bénéficie du soutien de Samba-Panza. Rachel Ngakola, Directrice Générale des douanes gère ses comptes de campagne et celui-ci bénéficie ainsi d’importants moyens de communication (jusqu’à 3 millions de FCFA par semaine…).

Cela n’empêche pas ce candidat qui s’est distingué par d’importants détournements lorsqu’il était Directeur Général de la Caisse d’Amortissement des Dettes de l’Etat (CAADE) de n’obtenir que 0,49% des voix au premier tour de ces élections… Derrière le soutien de cette candidature en trompe l’œil, les autorités de transition organisent un vaste système de fraude validé par l’ambassadeur de France à Bangui Charles Malinas en faveur de Faustin-Archange Touadéra.

C’est Joseph Mabingui le Directeur de Cabinet de la Présidente et ami de longue date de Touadéra qui appuie ce choix, facilité par le fait que son épouse Brigitte Touadéra (née Béléma) est Banziri. Jean-Jacques Demafouth nommé par un décret muet de CSP « superviseur général des élections » chapeaute en toute illégalité le travail de l’Autorité Nationale de Elections. On assiste alors à des cas de fraudes extrêmement graves : distribution massive de bulletins de vote préremplis, existence de bureaux de vote fictifs, modification de procès-verbaux par des responsables administratifs ou encore au vote d’électeurs dépourvus de tout document d’identité…Autant de manœuvres qui expliquent ce score très surprenant de Touadéra (loin de faire partie des favoris de ce scrutin) au premier tour de ces élections.

Les autorités de transition continuent sur leur lancée durant l’entre-deux-tour. Le Ministre des Finances, Abdallah Kadre et de Rachel Ngakola font ainsi réquisitionner un avion de la compagnie Minair déjà loué par son concurrent pour aller battre campagne dans l’arrière-pays…L’ensemble de ces moyens mis en œuvre au profit d’un candidat approuvé par l’ambassadeur Malinas permettent de parler de trucage des élections par les autorités de transition alors que celles-ci étaient chargées de les organiser en toute impartialité…

Signalons aussi le cas de la cinquantaine de véhicules offerts par l’Angola dans le cadre de l’élection présidentielle qui après avoir été stockés à Yaoundé par l’entourage de la Présidente vont se volatiliser…

Juste avant de quitter ses fonctions, Catherine Samba-Panza nomme par le décret sa fille Christelle comme ambassadrice « extraordinaire et plénipotentiaire de la RCA » en Guinée équatoriale, une nomination que ne remettra d’ailleurs pas en question Touadéra une fois installé sur le fauteuil présidentiel…

 

Lors de l’investiture du nouveau Président « élu », Samba-Panza arrive sous les huées des banguissois clôturant ainsi d’une bien triste manière cette période…

Un audit de cette transition réalisé par la Cour des comptes met en lumière un certain nombre de dossiers détournements et de malversations commis sous la Présidence Samba-Panza. Les conclusions de cet audit, qui sur instructions de l’exécutif pourraient prochainement filtrer, ne cessent de donner des sueurs froides à l’ex-cheffe de l’Etat qui ne cesse de se plaindre de cette situation en affirmant en privé comme en public que sans elle « Touadéra n’avait aucune chance d’être au second tour… »

Par l’intermédiaire de son parent Calixte Mbari, chef de la division « démocratie, Etat de droit et des élections » de la Commission de l’Union Africaine, Samba-Panza se reconvertira au sein de l’Union Africaine. Elle a ainsi conduit pour le compte de la Commission de l’Union africaine, des missions d’observation électorales au Sénégal et en Côte d’Ivoire et co-préside le réseau des femmes médiateurs de l’Union Africaine (FemWise-Africa),

Dans une interview octroyée au journal Jeune Afrique le 22 Mars 2016, lorsqu’on lui demande si elle pourrait envisager de se représenter aux prochaines élections, Catherine Samba-Panza répond « dans cinq ans, j’aurai un certain âge et je préférerais avoir une activité moins stressante : je ne suis pas de ceux qui, à 75 ans, veulent se présenter ! Et puis la politique, ce n’est pas mon truc… »

 

Par : Gaston MADENGA

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