Analyse du discours de Chef de l’Etat Professeur Faustin Archange Touadera pour le nouvel an par le politologue, Docteur Fari Tahéruka Shabazz.

Docteur Fari Tahéruka Shabazz
Docteur Fari Tahéruka Shabazz. Photo courtoisie.

 

 

Bangui (République Centrafricaine) – Les discours des Chefs d’Etats sont toujours attendus avec beaucoup d’attention surtout à la veille de nouvel an. Ces messages adressés à la nation ne sauraient être que des vains mots mais un instant crucial où le Chef de l’État fait le bilan de l’année  passée et projette l’avenir en définissant les prochaines grandes lignes de ses actions politiques. Le discours du Professeur Faustin Archange Touadera n’a pas laissé indifférent les observateurs de la vie politique centrafricaine qui, de manière interposée, apprécient cet exercice souverain. En analysant ce discours, Fari Tahéruka Shabazz fait ressortir quelques points qui démontrent les limites de la politique du Chef de l’Etat depuis qu’il a accédé à la magistrature suprême.

 

De manière scientifique, Fari Tahéruka Shabazz part du principe du choix du quinquennat par le Constituant (Conseil National de Transition de 2013 à 2016) n’était pas anodin. C’est que comme le rappelait Sonia DEVEDEIX-MARGUERITAT, dans son ouvrage titré sobrement « LE QUINQUENNAT » : «  Le quinquennat [permet] de renforcer les mécanismes de mise en jeu de la responsabilité présidentielle, car, en rapprochant les échéances électorales, nous actionnons à la fois un mécanisme juridique, la sanction électorale, et un mécanisme politique, la pression découlant de la nécessité de rendre des comptes aux citoyens et d’être pédagogue pour les convaincre », p. 24, Editions L’Harmattan (FRANCE), 2001, 190 pages.

Ainsi pour qui voit bien le séquençage du quinquennat, identifie trois phases : une première pour prendre ses marques (généralement les 100 premiers jours), une deuxième pour travailler et implémenter son projet de société (entre les 100 jours et le 1er  janvier de l’année des élections) et enfin une troisième qui correspond à l’année électorale. Il se trouve qu’avec ces vœux du Chef de l’État pour le nouvel an 2020, nous sommes de plein pied dans la 3ème phase du quinquennat. Ce qui signifie que son discours aurait dû être un bilan de la phase 2 de son mandat. Mais il s’en est bien gardé comme il l’annonce lui-même sans honte : « Ce soir, je ne vous ferai pas le bilan des réalisations de l’année 2019 ».

C’était prévisible car il n’a pas de bilan, voilà pourquoi dans son discours il préfère “invite[r] à un moment de méditation et d’introspection”. Toujours le futur, comme si c’était un candidat avec toutes ses promesses de campagne.

Ainsi près de 12 mois après le foutu accord de Khartoum, les groupes continuent encore de tuer, de brûler des villages et des gens vifs, de dresser des barrières, de prélever taxes et impôts, de violer, de piller, de recruter des mercenaires et enfants-soldats, de s’approvisionner en armes, etc. Et 85 % du territoire sont toujours entre leurs mains. 20% des Centrafricains sont soient des réfugiés ou des déplacés internes. Plus de la moitié de la population meurt de faim et plus d’un million d’enfant de bas âge sont état de carence alimentaire extrême.

Le Président Touadera nous parle de son plan stratégique de bonne gouvernance quand l’écrasante majorité des membres de son gouvernement sont liés à de sordides affaires de pots de vins, de corruption, de détournements de deniers publics, de faux et usages de faux, d’usurpation, de concussion, de mœurs, etc. Sans que jamais il ne prenne aucune décision pour démettre de leurs fonctions les principaux concernés.

Il nous parle de sécurité mais toujours sans rien proposer comme résultats concrets ou mesures fortes. Juste des promesses comme d’habitude, là où les Centrafricains attendent toujours un bilan et le limogeage des incapables de la défense, de la sécurité intérieure et du renseignement.

Il nous parle d’élections alors qu’il n’y a pas de sécurité sur tout le territoire y compris à Bangui et que les financements qu’il tente de boucler, sans jamais y parvenir, sont à près de 100% ÉTRANGERS. Si ce sont les étrangers qui financent “nos” élections, qui vont alors décider du vainqueur de ces élections ?

Au final, rien sur l’éducation, rien sur les femmes et les jeunes. Rien sur la santé et l’emploi. Rien sur les enjeux climatiques, rien sur le terrorisme. Rien sur la géopolitique notamment les grands bouleversements de la CEEAC. Rien sur l’inflation, rien sur la chute du pouvoir d’achat des Centrafricains. Rien sur la pénurie de monnaie. Rien sur les graves violations de la liberté de la presse.

Un discours qui est passé complètement à côté. D’ailleurs Touadera reconnaît qu’il n’inspire plus confiance aux Centrafricains. Puisqu’il fait lui-même référence aux “craintes et au pessimisme de [s]on peuple.” Et de rajouter qu’il reconnaît “qu’une espèce de doute s’est installée quelque peu dans notre pays”. Pour répondre à cette morosité anxiogène des Centrafricains, que propose-t-il ? Le conflit et les menaces : “(…) je ne tolèrerai plus que certains compatriotes ressuscitent les vieilles querelles et attisent les braises d’un conflit toujours latent”.

L’année 2019 a été marquée et rythmée par trois événements : l’avènement d’Ë Zîngo Bîanî, les retours de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable Abdou Karim MECKASSOUA, et de l’ancien Chef de l’État, le Général d’Armée François Bozizé. Mais il n’a rien à dire là-dessus, vu qu’il a tout fait pour ne jamais les rencontrer. Au contraire, il dit d’eux que ce sont des “forces négatives [qui] veulent créer un climat de tension, essayant de plonger à nouveau le pays dans le chaos”.

Rien y fait, le discours des vœux 2020 de TOUADÉRA est à l’image de son mandat à savoir un Échec.

 

Fari Tahéruka SHABAZZ, Docteur en Sciences politiques